Nos chargés de mission Climat, Juliette Boulet et Joeri Thijs, étaient présents à Paris tout au long des négociations sur le climat. Lisez leurs blogs.

L’accord sur le climat de Paris marque la fin de l’ère des énergies fossiles

(blog du 17 décembre écrit par Joeri Thijs)

Il y a une semaine, le Sommet sur le climat de Paris s’est conclu par un nouvel accord international. Après des années de préparation, et au terme de deux difficiles semaines de négociation, nombre d’entre nous ont finalement pu relâché le stress accumulé. Au-delà de la réaction officielle de Greenpeace, tout le monde avait besoin d’assimiler personnellement l’accord. Les ONG ont hésité à faire la fête (prévue au programme) le samedi soir, en se demandant si c’était approprié. Toutefois, après quelques instants, la joie a pris le dessus, et de nombreuses personnes se sont étreintes spontanément.

Il est en effet quelque chose que nous, activistes du climat, ne faisons pas bien : oser être heureux et nous réjouir quand un pas est fait dans la bonne direction. Il y a toujours un « mais », un « ce n’est jamais suffisant », et un « le travail qui reste à faire est colossal ». Cette fois-ci ne fait pas exception, mais nous ne pouvons ignorer l’importance de cet accord, car Paris signe la fin de l’ère des combustibles fossiles.

Les bourses en sont la preuve

Comment puis-je en être sûr ? À la moitié du sommet, nous envisagions un peu naïvement l’avenir avec quelques collègues. Nous nous disions que l’impact du sommet sur le climat de Paris n’apparaîtrait clairement que dans les fluctuations des cours à l’ouverture des marchés financiers le lundi suivant la conclusion d’un accord. Nous n’y croyions pas vraiment, et pourtant : le premier jour de bourse après le sommet climatique, plusieurs actions d’entreprises fossiles importantes chutaient, alors que les énergies renouvelables avaient le vent en poupe.

Je ne suis pas expert en marchés financiers, mais j’ai le sentiment qu’il s’agit d’un premier signal positif. Dans son analyse de l’accord sur le climat, The Economist affirme qu’investir dans des entreprises du secteur du charbon est devenu beaucoup plus risqué dès cette semaine. Mon sentiment s’est vraiment confirmé après avoir lu que le lobby du charbon européen avait prévenu ses membres qu’après Paris, ils seraient aussi détestés que les marchands d’esclaves d’autrefois.

Plus d’excuses

L’accord est-il parfait ? Bien sûr que non, loin de là. Sa plus grande faiblesse réside dans le manque d’actions fortes à court terme. Les plans d’action nationaux actuels censés mettre en pratique l’accord de Paris à partir de 2020 nous conduisent toujours vers un réchauffement de 3 °C ou plus. Il a été convenu de revoir ces plans dès 2018, avant même que l’accord entre en vigueur, mais sans aucune obligation de les renforcer. Cet accord est donc susceptible d’être rapidement dépassé par la réalité.

Grâce à d’innombrables initiatives de citoyens, de collectivités locales et d’entreprises, la lutte contre le réchauffement de la planète se gagnera surtout sur le terrain. Chaque nouvelle éolienne et chaque panneau solaire supplémentaire nous rapprochent de 100 % d’énergie renouvelable. Dans le même temps, nous allons rappeler à nos politiciens leur devoir de traduire cet accord international en une politique climatique nationale ambitieuse. Il est évident que cela ne se produira pas en prolongeant nos vieilles centrales nucléaires ni en ergotant à nouveau pendant six ans pour conclure un accord climatique belge minimaliste.

En 2016, nos ministres doivent s’attendre à une mobilisation croissante de citoyens énergiques, de collectivités locales et d’entreprises qui ne se satisferont pas de l’amateurisme et des querelles politiques actuelles. Le temps des excuses est révolu.

Ecoutez aussi l'analyse de la COP21 par Juliette Boulet, chargée de mission climat.

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Blogs précédents, rédigés par Juliette Boulet et Joeri Thijs, tous les deux présent à Paris tout au long des négociations sur le climat.

Accord sur le climat à Paris : boîte vide ou cadeau de Noël ?

(blog du 11 décembre écrit par Joeri Thijs)

Le sprint final de ce sommet sur le climat est engagé. Avec 11 jours de négociations au compteur, la fatigue commence à se faire sentir, aussi chez moi et mes collègues. Le travail s’est même poursuivi pendant la nuit de mercredi sur la base d’un nouveau texte plus concis. Un accord global reste toutefois encore loin.

Il est frappant de voir ces derniers jours comment un objectif plus strict, à savoir une augmentation des températures de maximum 1,5 °C, semble gagner du terrain. Si le seuil généralement accepté reste toujours fixé à 2 °C d’ici la fin de ce siècle, la volonté existe de laisser la porte ouverte à un objectif plus ambitieux. Ce degré et demi est un point de discussion important pour les États insulaires et les autres pays vulnérables, pour lesquels il s’agit ni plus ni moins que d’une question de survie. Ils ont d’ailleurs mené une action mercredi sous le slogan « 1.5 to stay alive » (1,5 °C pour rester en vie). Pour eux, un accord international sur le climat visant 1,5 °C représenterait donc un fantastique cadeau de Noël.

Boîte vide ou véritable cadeau ?

Cependant, une étude du reste du texte tend à laisser penser que cette victoire risque de n’être que symbolique pour ces pays. Une ambition transversale forte n’a en effet du sens que si elle s’appuie également sur des mesures concrètes, le contenu du cadeau pour ainsi dire. Les plans nationaux pour le climat que presque tous les pays ont déposés sur la table durant l’année écoulée nous conduisent pourtant toujours vers un réchauffement climatique de l’ordre de 3 à 3,5 °C d’ici 2100.

Si nous voulons offrir davantage qu’une boîte vide aux pays les plus vulnérables, ces plans nationaux devront être consolidés le plus vite possible pour ensuite être régulièrement revus. L’accord de Paris doit prévoir des garanties suffisantes à cet égard. Pour l’instant, on évoque seulement une sorte de « dialogue » en 2018, un papotage sans renforcement concret des ambitions. Cela signifierait que ce bel objectif de 1,5 °C serait déjà enterré avant que l’encre de l’accord de Paris n’ait eu le temps de sécher.

Il manque de plus un signal clair quant à l’orientation souhaitée pour le long terme. Un papier cadeau orné du motif 1,5 °C, c’est joli, mais concrètement on parle de quoi ? Si nous voulons une chance raisonnable de tenir le chiffre de 1,5 voire 2 °C, nous devons tout simplement laisser autant que possible les combustibles fossiles sous terre. Le charbon, le pétrole et le gaz doivent céder la place à 100 % d’énergie renouvelable au plus tard d’ici 2050. Un tel objectif à long terme est également l’exigence d’un nombre croissant d’investisseurs et d’entreprises, qui veulent connaître la direction que prendra notre avenir énergétique.

Conflits d’intérêts

Un sommet climatique reste néanmoins un conglomérat d’intérêts contradictoires, parfois aussi difficiles à démêler qu’une guirlande de Noël entortillée. Les pays en développement veulent reporter la plupart des efforts sur les pays industrialisés. À juste titre, car nous avons une dette historique beaucoup plus importante dans la problématique du climat. À l’inverse, les pays industrialisés demandent une contribution de tous dans la réduction des émissions. À raison également, car les nouveaux pays émergents sont entre-temps devenus de grands émetteurs de gaz à effet de serre. Les pays les plus vulnérables réclament de leur côté des moyens suffisants pour les aider à faire face au changement climatique. C’est aussi justifié, car ils subissent aujourd’hui déjà son impact – « 1.5 to stay alive », vous vous souvenez ? En outre, des avis radicalement différents s’observent au sein de chacun de ces blocs. Et puis il y a encore les grands pollueurs comme les entreprises pétrolières et productrices de charbon, qui mettent tout en œuvre pour freiner au maximum les objectifs de Paris.

Pour pouvoir en sortir, il faudra trouver un nouvel équilibre dans cette répartition Nord-Sud classique. Une mission laborieuse, sans aucun doute. Pourtant, le climat n’attend pas patiemment de connaître l’issue de ce sommet. Il est responsable aujourd’hui déjà d’énormes dégâts humains et économiques, dans les pays du nord comme du sud. Nous ne nous attendons pas à un accord idéal mais nous avons aujourd’hui une opportunité unique de conclure un accord qui nous permettra de poursuivre le travail au-delà de Paris. C’est pourquoi notre équipe Greenpeace travaille jour et nuit en faveur d’un cadeau de Noël aussi généreux que possible, et sans traquenard. Et pas de soucis, nous nous accommodons avec plaisir du manque de sommeil.

Blog du 7 décembre