La Chambre a adopté aujourd’hui à l’unanimité une résolution visant à lutter contre le commerce illégal du bois. Elle appelle le gouvernement à assurer la pleine application de la réglementation européenne qui interdit l’importation de bois illégal, alors que les efforts actuels de l’administration et des entreprises sont clairement insuffisants.

« La Belgique doit s’organiser de la façon la plus optimale possible pour contrôler efficacement l’origine du bois importé et sa légalité. »

Par ce texte, les parlementaires ont envoyé un signal fort en direction de la ministre de l’Environnement,  Marie-Christine Marghem, sollicitant la pleine application de la législation européenne qui vise à prévenir la présence de bois illégal sur les territoires belge et européen.


Concrètement, les parlementaires demandent au gouvernement, entre autres : plus de moyens (renforcer les capacités de surveillance et de contrôle de l’administration),  plus de sévérité (imposer des sanctions en cas d’infraction) plus de transparence (sur les contrôles effectués), plus de coopération avec les autorités belges et étrangères, une meilleure prise en compte des problèmes de corruption dans les pays d’origine et plus d’informations pour le consommateur belge (étiquetage du bois et des produits dérivés).


J’entends souvent dire : « Que peut-on faire depuis la Belgique pour sauver les forêts tropicales et aider les peuples qui y habitent ? On est si loin de ces problèmes ». Pourtant, l’Europe nous offre une partie de la solution : fermer notre marché au bois illégal ou suspecté de l’être. Encore faut-il la volonté de le faire.


La Belgique toujours à la traîne
Depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction, le bilan est en effet on ne peut plus maigre pour la Belgique et la ministre Marghem : sept contrôles effectués en 2014, huit en 2015. Aucune saisie de bois illégal ; aucune infraction officiellement constatée.

Où est le problème ?

D’une part, du bois à haut risque d’illégalité (en provenance par exemple du Brésil, du Cameroun ou de la République Démocratique du Congo) continue à entrer en Belgique, comme Greenpeace l’a documenté à de nombreuses reprises dans ses rapports. Malgré cela, aucune sanction n’a été imposée par les autorités aux entreprises qui ont l’interdiction d’importer du bois pour lequel ils ne peuvent éliminer le risque d’illégalité.

D’autre part, les moyens sont clairement insuffisants. Via le port d’Anvers, la Belgique est une véritable plaque tournante des importations de bois à haut risque, étant notamment le deuxième importateur européen de bois brésilien et une destination importante de nombreux pays africains à haut risque. Les entreprises concernées en Belgique seraient plus de 6.000 (elles ne sont pas enregistrées).

Pourtant, une seule personne est chargée - à mi-temps ! - de veiller à l’interdiction d’importer du bois illégal et de contrôler toutes ces entreprises. Au vu des volumes importés, la Belgique ne se dote clairement pas des moyens de remplir correctement ses obligations. À titre de comparaison, les Pays-Bas ont réalisés plus de 100 contrôles durant la même période ; l’Allemagne, plus de 220. On estime qu’entre 10 et 30% du bois commercialisé dans le monde est illégal. La ministre refuse clairement de prendre en compte l’ampleur du problème.

La Commission européenne satisfaite ?
Depuis l’action menée par Greenpeace devant son cabinet en avril 2015, et l’audition publique organisée au Parlement sur le sujet en juin 2015, la ministre Marghem avait annoncé le renforcement des capacités d’inspection. Depuis ? Rien. Les acteurs ont été conviés à une table ronde, mais aucune mesure n’a été prise pour mettre fin au problème.

La Commission européenne devrait publier dans quelques jours son rapport sur l’évaluation de l’application de la loi européenne qui interdit l’importation du bois illégal . À cette occasion, Greenpeace appelle la Commission, notamment, à couvrir tous les produits dérivés du bois et à veiller à une application effective,  uniforme et coordonnée de la réglementation.

Pas de doute que Mme Marghem est bien notre ministre de l’Énergie (nucléaire), mais est-elle vraiment notre ministre de l’Environnement ?