Enfin une bonne nouvelle pour la forêt amazonienne ! L'Institut brésilien de l'environnement (Ibama) a annoncé la suspension du permis de bâtir du gigantesque barrage de São Luiz do Tapajós, sur le Rio Tapajós. Pourquoi ? L'Institut a reconnu les risques que ce projet de barrage présente pour les communautés autochtones vivant à proximité, les Munduruku.

Cette annonce constitue une étape importante pour l'Amazonie et pour les droits des peuples autochtones du Brésil. Nous espérons que ce premier pas dans la bonne direction conduira à l'annulation pure et simple du projet de méga-barrage. L’abandon de ce projet est vraiment indispensable pour diverses raisons.

Participez à la défense du Rio Tapajós !

Les droits des peuples autochtones

S’il était construit, le barrage de São Luiz do Tapajós provoquerait l’inondation d’une partie de la forêt vierge aussi grande que New York, et détruirait des zones importantes du territoire du peuple autochtone munduruku. Il nécessiterait aussi le déplacement de trois villages munduruku situés le long du Rio Tapajós.

En vertu de la Constitution brésilienne, il est interdit de contraindre les groupes autochtones à quitter leurs terres ancestrales, sauf cas extrêmes tels qu’une catastrophe naturelle ou une épidémie. Dans de tels cas, les populations concernées peuvent revenir sur leurs terres dès la disparition du risque. Mais pour bénéficier de cette protection, le territoire des Munduruku doit être officiellement reconnu. Les Munduruku se battaient en vain depuis des décennies pour la reconnaissance de leur territoire, condition indispensable pour empêcher la construction de barrages sur le Rio Tapajós. Aujourd’hui, il y a de l’espoir.

Ce mois-ci, le Département des affaires indigènes du Brésil a publié un rapport dans lequel il reconnaît un territoire traditionnel aux Munduruku, le Sawré Muybu, qui s’étend sur 178.000 hectares.

Nous avons bien de quoi nous réjouir de cet embryon de reconnaissance du territoire des Munduruku et de la suspension du permis de bâtir ! Néanmoins, le processus officiel de reconnaissance du territoire des Munduruku n’est pas terminé, et le projet de barrage n’a pas été abandonné. Le destin du Rio Tapajós et du territoire traditionnel des Munduruku reste incertain.

La protection de l’Amazonie

Le méga-barrage de São Luiz do Tapajós ne porterait pas seulement préjudice à la subsistance des peuples autochtones, mais il détruirait aussi un secteur forestier dont les experts estiment qu’il recèle une biodiversité exceptionnelle.

Un rapport sur l’impact environnemental du barrage, commandité par Greenpeace Brésil, a déjà fait ressortir toute une série d’incidences négatives sur la biodiversité et sur les peuples autochtones de la région. Il a donc recommandé que l’Institut de l’environnement rejette la demande de permis relative à ce chantier.

Le projet de barrage est en suspens, mais le moment est venu de le jeter aux oubliettes!

Les nouvelles de cette semaine sont de très bon augure, mais le barrage de São Luiz do Tapajós et une quarantaine d’autres barrages prévus dans le bassin hydrographique du Rio Tapajós pourraient encore voir le jour. La décision de l’Ibama n’a pas un caractère définitif : elle peut être révoquée.

C’est pourquoi il est crucial que l’opinion publique exerce une pression continuelle. Au Brésil et dans le monde entier, plus de 200.000 personnes ont déjà exigé l’abandon de ce projet. Entre-temps, les défenseurs de l’environnement et des droits de l’homme demandent aux sociétés d’ingénierie telles que Siemens, Tractebel et Andritz de prendre leurs distances par rapport à ce projet controversé et destructeur.

La suspension du projet de barrage doit être muée en une décision permanente et le projet annulé. Quant au droit constitutionnel du peuple munduruku à vivre sur ses terres ancestrales, il doit être garanti.

Participez à la défense du Rio Tapajós ! Ensemble, nous pouvons protéger le cœur de l’Amazonie !

Danicley Aguiar est chargé de campagne Amazonie pour Greenpeace Brésil.