Il y a deux ans, les autorités locales de la forêt de Mahan, dans l’État indien du Madhya Pradesh, avaient toutes les raisons de se réjouir. La veille de la Journée internationale des forêts en 2015, elles ont appris que leurs terres ancestrales ne seraient pas vendues aux enchères pour l’exploitation d’une mine de charbon. Ce fut le résultat d’une longue lutte acharnée pour défendre leurs droits communautaires sur les forêts qui permettent aux milliers d’habitants qui y vivent d’exister.

Les villageois de Mahan ont peut-être remporté une victoire durement acquise contre ces compagnies et les autorités à la recherche d’argent facile, mais tant que leurs droits communautaires ainsi que leur rôle de gardiens de la forêt ne sont pas pleinement reconnus, le charbon sous leur pied restera une source d’intérêt et de tension.

Ils ne sont pas seuls dans leur combat. Depuis les Premières Nations au Canada s’opposant à l’exploitation des sables bitumineux sur leurs terres ancestrales aux éleveurs de rennes khanty de l’ouest de la Sibérie essayant de protéger leurs terres contre l’exploration pétrolière, des centaines de communautés du monde entier voient leurs droits fonciers menacés par des entreprises d’énergies fossiles. En réalité, on estime que 30% de la production de gaz et de pétrole par des compagnies américaines provient de l’exploitation de terres autochtones ou de terres situées non loin de là.

Communautés sans défense

Pendant des décennies, nous avons assisté à une destruction massive de l’environnement par des compagnies avides de charbon, de pétrole et de gaz. Cette agression des terres communautaires n’est pas seulement une tragédie pour les communautés concernées, mais ça l’est également pour nous tous. Des recherches menées par l’Initiative des droits et ressources et l’Institut des ressources mondiales (WRI) ont démontré que là où les populations autochtones et les communautés locales bénéficient de véritables droits sur leurs terres, le stockage de carbone est plus élevé et les taux de déforestation sont plus bas, contribuant ainsi à limiter le réchauffement climatique.

Cependant, au niveau mondial, les communautés ne possèdent que 20% des droits légaux de propriétés sur leurs terres coutumières, laissant la porte ouverte aux États et aux compagnies privées qui peuvent alors les atteindre, expulser les villages et abattre les arbres dans le but d’atteindre les trésors fossiles qui se trouvent en dessous. Après leur passage, les forêts et rivières jadis pures et précieuses se transforment en terrains vagues stériles.

Début d’une alternative durable

Tandis que de nombreux États et sociétés continuent de considérer nos forêts et lacs comme des réserves illimitées utiles pour l’exploitation commerciale, les communautés locales et autochtones se manifestent en défendant leurs droits et en protégeant leur environnement. Elles nous montrent une vision alternative du monde – un système qui respecte notre relation symbolique avec la nature et qui se base sur une utilisation durable et une gestion collective des ressources, et ce, dans l’intérêt de tous.

Lors de la Journée internationale des forêts et tout au long de ce mois, les communautés locales et autochtones du monde entier, soutenues par des milliers de citoyens, agissent pacifiquement dans le cadre du mouvement Break Free, afin de protéger leurs terres et leurs forêts, d’exiger la reconnaissance de leurs droits et de maintenir le charbon, le pétrole et le gaz dans le sol.

En reconnaissant les droits des communautés sur leurs terres ancestrales, nous pouvons et devrions contribuer à obtenir tout cela. Non seulement le climat, mais aussi l’environnement et l’existence de centaines de millions de personnes en dépendent.

Fionuala Cregan est la coordinatrice de Land Rights Now, l’un des partenaires du mouvement Break Free.