Mobilisez-vous le 3 décembreGalerieActuEnjeuxDurban

 

Durban : premières négociations climatiques sur le continent le plus vulnérableaux changements climatiques

2009, Copenhague ; 2010, Cancun ; 2011... Durban ! A chaque année sa grand messe climatique. Organisée sous l'égide des Nations unies, la conférence sur les changements climatiques est le forum annuel au sein duquel tous les Etats se rassemblent pour lutter conjointement contre le réchauffement climatique.

Contraignant – ambitieux – solidaire

Résoudre la crise climatique devra passer par un accord climatique contraignant et assorti de sanctions et suffisamment ambitieux pour limiter l'augmentation moyenne des températures planétaires à + 2°C. Cet accord doit également être solidaire : les pays riches épaulent les pays les plus pauvres.

Rappelons qu'en outre, le temps presse. Les scientifiques nous ont prévenus... Si l'on veut limiter au maximum les conséquences désastreuses des changements climatiques, il faut diminuer nos émissions de gaz à effet de serre de manière drastique ( - 80% en 2050 au minimum !) et rapide (nos émissions doivent commencer à baisser dès 2015). Et pour y arriver Durban (Afrique du Sud) n'est qu'une étape !  Mais une étape fondamentale...

Des promesses aux actes

Durban tiendra ses promesses si les Etats s'engagent à :


    - Réduire les émissions de CO2
À Cancun, les Etats se sont engagés à limiter l'augmentation de la température à +2°C.  Dans la foulée, ils ont reconnu l'insuffisance des efforts envisagés jusqu'ici. Un agenda réaliste doit à présent être fixé pour atteindre cet objectif. L'accord climatique doit impérativement voir le jour au grand plus tard avant 2015.

Il faudra aussi veiller à ce que certains mécanismes comme le très rébarbatif  LULUCF (qui permet aux Etats de prendre en compte l'absorption du CO2 de leurs forêts dans le calcul de leurs émissions) ne permette pas toutes les tricheries... Dans un accord climatique, le diable pourrait se cacher dans les détails ! Et, de la qualité de petits accords très techniques obtenus à Durban comme ce fameux LULUCF dépendra l'intégrité même de l'accord global sur le climat !

    - Donner une suite à Kyoto

D'ici à 2015, nous avons besoin d'un cadre légal. Et, c'est là que le Protocole de Kyoto doit jouer un rôle... Le fameux Protocole qui est - à ce jour - le seul accord climatique fixant des objectifs de réductions contraignants pour les pays industrialisés (à l'exception notoire des Etats-Unis) se termine en 2012. A Durban, il faudra se mettre d'accord pour un nouvelle période d'engagement qui servira de régime de transition... Avec les Etats-Unis qui ne sont pas dans Kyoto et qui doivent contribuer à l'effort international, il faudra jouer serré.

    - L'argent plus que jamais au centre des négociations

Là encore, Cancun a permis de fixer les objectifs : les pays développés se sont engagés à trouver 100 milliards de dollars par an en 2020 pour aider les pays les plus pauvres à faire face aux changements climatiques et à se développer dans le cadre d'une économie verte.

Durban doit clarifier comment mobiliser cette somme et avec quel agenda. Dans un contexte de crise financière, il va falloir faire preuve d'imagination. Une taxe sur les transactions financières ou des taxes sur les transports maritimes et aériens peuvent représenter des sources de financements importantes. Mais il s'agit aussi de stopper les subsides vers les énergies polluantes.

    - Préserver les forêts pour sauver le climat

Enfin, Greenpeace sera tout particulièrement attentive à la question des forêts et à la mise en place d'un  mécanisme REDD qui contribue effectivement à réduire la déforestation. Spécialiste de ce mécanisme, An Lambrechts suivra les négociatons pour Greenpeace Belgique. La déforestation représente environ 20% du réchauffement climatique mondial et il n'y aura pas de solution sans un programme poue maintenir les derniers poumons verts de la planète sur pied.

Le fonds Climat dont la création a été décidée à Cancun devra inclure un volet financier spécique pour les forêts. Il faudra  par ailleurs encore  renforcer l'accord REDD obtenu à Cancun en mettant en pratique les clauses visant à préserver les dernières forêts naturelles pour y maintenir la biodiversité et lutter en faveur des droits des populations indigènes.

Casse-tête diplomatique

Autour de la table, beaucoup d’intérêts divergents :
Les pays émergents (Chine, Brésil, Afrique du Sud en tête) qui veulent profiter de leur transition économique et ne voient pas pourquoi ils devraient payer pour les erreurs des autres.
les pays industrialisés, responsables historiques du problème (les Etats-Unis et l'Europe ont émis plus de la moitié des gaz à effet de serre imputables à l'homme), effrayés à l'idée de perdre leur suprématie économique.

Et, pris en tenailles entre ces géants, les pays les plus pauvres... Ceux qui vont subir de plein fouet la crise climatique et qui essaient de faire entendre leur voix pour ne pas payer seuls les erreurs des puissants...

Cette conférence se tiendra d'ailleurs sur le continent qui paiera le plus lourd tribut à la crise climatique, l'Afrique. Espérons que cela augmentera le poids sur les épaules des acteurs sans lesquels rien ne pourra se faire, à savoir le président américain Barack Obama, le chinois Hu Jintao, sans oublier les Européens et leur président du Conseil, Herman Van Rompuy.

Acteurs économiques vecteurs d'inertie

En-dehors des salles de négociations, un grand nombre d'acteurs économiques très puissants  mettent tout en œuvre pour freiner des lois qui pourraient leur être préjudiciables économiquement. Leur stratégie consiste souvent à bloquer un acteur clé des négociations. C'est pour cette raison qu'on a vu de nombreuses entreprises européennes financer des campagnes climat-sceptiques aux États-Unis. Leurs moteurs sont bien entendu le profit mais aussi le conservatisme et un manque de vision stratégique.

Entreprises versus climat

GDF Suez Electrabel : le groupe GDF Suez Electrabel est loin d'être un producteur d'électricité verte malgré un marketing agressif . Au niveau international, on les a vus notamment financer les campagnes électorales de sénateurs climat-sceptiques aux États-Unis. Or,  bloquer la mise en place de législations climatiques aux États-Unis est le moyen le plus efficace de bloquer les négociations internationales car sans eux, il sera difficile d'arriver à un accord.
Arcelor Mittal : le plus gros des "carbon fat cat", c'est-à-dire celui qui a profité le plus des mécanismes de marché du carbone déjà mis en place pour générer des profits. Ou comment détourner les législations environnementales pour faire de l'argent...

BP : malgré sa gestion catastrophique des marées noires dans le golfe du Mexique, l'entreprise est loin d'avoir changé son fusil d'épaule. Elle poursuit sa course au pétrole et tente par tous les moyens d'aller chercher les dernières gouttes de brut notamment en Arctique. Une législation climatique internationale ambitieuse serait donc très néfaste pour elle. Résultat des courses, on retrouve BP dans les entreprises qui financent les climat-sceptiques aux Etats-Unis.

Business Europe : la fédération d'entreprises européenne défend systématiquement les positions des entreprises les plus rétrogrades en matière climatique et énergétique. Elle est donc en première ligne pour bloquer l'Europe dans sa volonté de transition énergétique. Son dernier cheval de bataille est de lutter contre l'adoption par l'Union européenne d'une feuille de route énergétique ambitieuse à l'horizon 2050.

Pas de manichéisme ! Il ne s'agit pas des « bons » citoyens d'un côté et des « mauvaises » entreprises de l'autre. Nous avons tous un rôle à jouer et une responsabilité dans cette crise climatique.

Cette année, nous vous attendons le 3 décembre pour rappeler aux décideurs politiques belges qu'un accord climatique ambitieux, solidaire et contraignant est notre priorité.

De son côté, Greenpeace tentera depuis Durban de faire entendre votre voix au cœur même des négociations... An Lambrechts, notre chargée de mission Forêts nous donnera en direct les nouvelles des négociations.