Agrocarburants : l'UE mise sur la mauvaise carte

Actualité - 8 novembre, 2010
Pour une coalition d'organisations de défense de l'environnement et Nord-Sud, l'Union européenne (UE) doit revoir sa politique en matière d'agrocarburants. Comme l'indique une étude publiée ce lundi, la position de l'UE est contre-productive pour le climat.

Les cultures énergétiques sont un moteur important de la déforestation.

Pour Greenpeace, Inter-Environnement Wallonie, Inter-Environnement Bruxelles, les Amis de la Terre Flandre et Bruxelles, Oxfam (...), la Belgique doit éviter de tomber dans le même panneau et ne pas considérer les agrocarburants comme une énergie renouvelable potentielle.

Selon l'étude réalisée par l'Institut pour la politique environnementale européenne (IEEP), si les pays européens s'en tiennent à leur objectif de remplacer une partie de l'essence et du diesel par des agrocarburants, une superficie supérieure à deux fois la Belgique devra être convertie en champs et en plantations pour répondre à la demande. Cela aura un impact dévastateur sur les forêts, des écosystèmes naturels précieux et les communautés locales. Les agrocarburants seront ainsi responsables de l'émission de 27 à 56 millions de tonnes de gaz à effet de serre supplémentaires par an d'ici 2020, soit l'équivalent de 12 à 26 millions de voitures supplémentaires sur les routes européennes.

Un pan de forêt tropicale dans votre voiture ?

Il ressort de l'étude commanditée par les organisations non-gouvernementales que d'ici 2020, 9,5% des carburants utilisés pour le transport seront remplacés par des agrocarburants. Ces agrocarburants proviennent pour 90% de cultures « énergétiques » qui prennent souvent la place des cultures alimentaires. Ces cultures alimentaires sont, elles, déplacées sur des nouvelles terres, souvent issues de la déforestation. Les cultures à des fins énergétiques sont ainsi un moteur important de la déforestation, avec pour conséquence... une augmentation des émissions de CO2 !

Le climat n'y gagne rien

Il est clair que les agrocarburants ne sont pas la solution que certains voudraient voir pour le climat. La politique européenne en cette matière donne aux entreprises un chèque en blanc pour poursuivre l'accaparement des terres et nier les droits fonciers des populations locales. L'étude de l'IEEP a été réalisée en se basant sur les plans Énergies renouvelables de 23 pays. Il en ressort que le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et la France seront responsables de deux tiers des émissions de CO2 supplémentaires. La Belgique n'ayant toujours pas remis son plan d'action, il n'a pas été possible d'estimer quel serait l'impact de son recours aux agrocarburants.

Un rôle en or pour la Belgique

Tant que l'impact réel de la culture des agrocarburants n'aura pas été  pris en compte, il est essentiel d'influencer la position européenne. 69.000 km² de surfaces agricoles supplémentaires seront en effet nécessaires au niveau mondial pour remplir les objectifs actuels de l'Union. La Belgique doit profiter de sa présidence pour renverser la vapeur. La Commission européenne doit préparer d'ici la fin de cette année une proposition visant à prendre en compte les effets indirects des agrocarburants sur l'utilisation des sols. A la barre pendant la présidence belge, Paul Magnette, le ministre fédéral du Climat et de l'Energie, doit prendre ses responsabilités et mettre tout en œuvre pour initier une révision de politique européenne en matière d'agrocarburants.

Les ONG à la base de l'étude publiée ce lundi insistent par ailleurs pour que la Belgique n' inclut pas les agrocarburants dans son futur plan d'action pour les énergies renouvelables.