Bois congolais : les principaux acteurs impliqués dans des activités illégales

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Actualité - 1 février, 2013
Jour après jour, les forêts du Congo sont traversées par des bulldozers et les tronçonneuses y sont légion. Une nouvelle enquête montre qu'une grande partie des coupes sont illégales et que les principaux acteurs du secteur sont impliqués dans ces pratiques. En Belgique, le secteur du bois a tout intérêt à se tenir sur ses gardes car le fruit de ces illégalités se retrouve régulièrement dans notre pays.



Publié il y a deux semaines, un nouveau rapport alarmant décrit dans le détail comment des compagnies forestières de renom se moquent de la législation congolaise sur les forêts. Ce rapport fait état de missions menées conjointement sur le terrain par des fonctionnaires du ministère congolais de l'environnement et des observateurs indépendants et ce, en 2011 et 2012.

Ce rapport confirme ce que Greenpeace dénonce depuis des années : les exploitants forestiers ont les coudés franches et bénéficient d'une quasi impunité ! Il n'est pas exagéré d'affirmer qu'au Congo, les illégalités sont la règle et non l'exception. La corruption est omniprésente dans le secteur bois. Enfin, le rapport tord également le cou à la croyance selon laquelle seule l'exploitation artisanale est coupable d'abattage illégal.

Corruption et chaos

L'enquête démontre que les grandes compagnies forestières prélèvent des quantités de bois bien supérieures à celles autorisées. Il n'est pas rare par ailleurs qu'elles abattent des arbres hors des limites de leurs titres forestiers. A cela viennent s'ajouter des falsifications de chiffres de production et de l'évasion fiscale.

Les entreprises suivantes sont notamment citées dans ce rapport comme étant responsables d'infractions graves :

  • Siforco : de loin, le plus grand producteur de bois tropical originaire du Congo et un grand exportateur vers l'Europe. Cette entreprise fait partie du groupe suisse Danzer. Siforco a été racheté l'an dernier par le groupe américain Blattner. Selon les auteurs du rapport, Siforco dépasse “à grande échelle et de manière quasi systématique” ses quotas de production.
  • Sodefor : une filiale du groupe Norsudtimber (NST) qui est enregistré au Liechtenstein. Le rapport fait état de falsification de marquage sur les grumes et d'incapacité de la Sodefor de produire les documents voulus aux inspecteurs. CFT, une autre entreprise appartenant au groupe NST, est également épinglée dans le rapport.
  • L'entreprise libanaise Trans-M (groupe Congo Futur) présente, selon le rapport, un retard d'impôt de plus de 150.000 dollars. Trans-M a également abattu des arbres sur un territoire dont une partie est déjà sous concession.

En Belgique, la vigilance s'impose

Toute cette information ne devrait pas manquer d'inquiéter les différents acteurs du secteur Bois en Belgique. Siforco, Sodefor et Trans-M sont de gros fournisseurs du marché européen. Ce qui est tout aussi inquiétant, c'est que tant la Siforco que la Sodefor ont obtenu, en 2010, un certificat confirmant la légalité de leurs opérations. Ce certificat a été délivré par des auditeurs accrédités par le Forest Stewardship Council (FSC). Greenpeace a vigoureusement contesté l'attribution de ces deux certificats. Les informations contenues dans le rapport illustrent à quel point ces protestations étaient fondées...

L'an dernier, les autorités congolaises ont annoncé leur intention de lutter contre l'exploitation illégale du bois. Quelques autorisations de coupe illégale ont été annulées dans les provinces forestières du Bandundu ou de l'Equateur. Les autorités congolaises se proposent maintenant de signer un accord volontaire de partenariat avec la Commission européenne, selon lequel seul le bois légal serait encore commercialisé sur le marché européen. La concrétisation de ces intentions louables semble toutefois se faire attendre. Pour l'instant, le secteur congolais du bois n'est pas encore sorti du chaos qui le caractérise.

Nouvelle législation

La publication de ce nouveau rapport précède de quelques semaines à peine l'entrée en vigueur, le 3 mars 2013, de la nouvelle loi européenne sur le commerce de bois illégal, l'EU timber Regulation (EUTR). Cette nouvelle loi devrait empêcher l'arrivée en Europe de bois abattu illégalement. Le secteur européen du bois se voit obligé d'estimer lui-même si le bois arrivant sur le territoire européen a été abattu illégalement et d'exclure toute importation de bois dont les origines seraient douteuses.

La teneur des informations contenues dans le nouveau rapport est telle que le secteur européen du bois ne peut que considérer comme « à haut risque » tout bois provenant du Congo. A partir du mois de mars, les négociants en bois devront donc s'atteler à la tâche difficile de prouver que le bois qu'ils importent de RDC est conforme aux exigences de la nouvelle législation.

Greenpeace invite les autorités belges à contrôler effectivement le bois provenant du Congo à partir du 3 mars. Ce bois devrait faire l'objet d'inspections menées conjointement par les douanes et le ministère public. Les entreprises sont à présent susceptibles d'être poursuivies pour ne pas s'être assurées d'avoir limité autant que possible les risques d'illégalités.



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(Non-inscrit ) Arroja dit:

J'ai lu votre article publié le début février 2013.

Encore une fois, Greenpeace fait des critiques aux entreprises for...

Posté 27 février, 2013 à 20:23 Signaler un abus Répondre

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