Changement climatique : des solutions à notre portée

Actualité - 25 septembre, 2013
Quel est l’état des lieux en ce qui concerne le changement climatique ? A-t-il cessé, comme l'ont suggéré certains journaux ?

Bien sûr que non, il progresse toujours à grands pas. Et vendredi, nous apprendrons exactement à quelle vitesse il évolue et ce que cela impliquera pour notre avenir tandis que les plus grands scientifiques du monde, spécialistes du climat, publient leur dernière évaluation complète de ce qu'il advient de notre atmosphère, de nos océans et autres glaciers en conséquence de notre addiction constante aux carburants fossiles.



Six ans se sont écoulés depuis la dernière évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). A quoi pouvons-nous nous attendre cette fois ? Ce n'est pas un secret : malgré les précédents avertissements appuyés, les émissions mondiales à l'origine du changement climatique ont continué d'augmenter au lieu de diminuer. Nous avons également appris que certaines parties de notre système climatique semblent être bien plus sensibles au réchauffement que nous ne le pensions, comme la glace de la mer arctique qui s'est mise à disparaître sous nos yeux.  Ainsi, la lecture du nouveau rapport est susceptible d’être sinistre.

Observerons-nous cette fois une différence de comportement en termes d'action ? Les gouvernements en tiendront-ils compte ? Le monde est très différent désormais. De plus en plus de gens du monde entier subissent des événements météorologiques extrêmes, comme des vagues de chaleur mortelles et des inondations dévastatrices. Vu que les traumatismes personnels liés à ces événements deviennent plus courants, l'intérêt pour l'effet du réchauffement sur les conditions météorologiques extrêmes est de plus en plus fort.

En même temps, les solutions sont devenues plus tangibles. Depuis le dernier rapport du GIEC, l'énergie renouvelable a fait une véritable percée au niveau mondial. Il y en a plus, elle coûte moins cher, elle augmente rapidement et elle concurrence les carburants fossiles. Aujourd'hui, le monde compte dix fois plus d'énergie photovoltaïque solaire, six fois plus d'énergie thermique solaire à concentration et trois fois plus de capacité d'énergie éolienne qu'en 2007. Puis, les prix ont considérablement diminué.

L'année passée, plus de la moitié de la nouvelle capacité électrique installée dans le monde provenait de sources renouvelables. Par rapport à l'énergie conventionnelle, les proportions restent modestes mais la transition a réellement commencé et certains pays sont déjà bien lancés dans les systèmes énergétiques solaires, éoliens et autres systèmes renouvelables. A l'horizon 2050, l'énergie renouvelable devrait pouvoir répondre à quasiment tous les besoins en énergie du monde si les politiques adéquates sont mises en place et si l'efficacité énergétique devient une priorité. La technologie ne sera plus un problème.

Qu'en est-il de l'industrie des carburants fossiles qui, non contente d'avoir accru ses activités et ses émissions, a également financé des campagnes de désinformation à propos de la science climatique afin de jeter le doute et de retarder les actions ?

Les coûts de construction pour la génération de carburant fossile conventionnel augmentent tandis que les énergies renouvelables deviennent plus concurrentielles sur un nombre croissant de marchés, même sans subvention. C'est peut-être surprenant mais le tout-puissant charbon a commencé à vaciller suite aux réglementations sur la pollution de l'air, à l'augmentation des énergies renouvelables, au renforcement des contraintes en matière d'eau et à la croissance des mouvements anti-charbon locaux, entre autres. Tout cela réduit l'aspect attractif et concurrentiel du charbon. Parmi les coups portés le plus récemment aux futurs prospects du charbon, citons les décisions de la Banque mondiale et de la Banque d'investissement européenne d'arrêter quasiment tous les prêts aux projets liés au charbon.

Une récente décision de la Chine d'interdire toute nouvelle centrale électrique au charbon dans trois régions industrielles majeures et de faire atteindre son plus haut niveau à leur utilisation de charbon, puis de la réduire d'ici 2017, est particulièrement prometteuse : c'est un grand virage politique. « L'airpocalypse » de Pékin (un épisode de pollution de l'air particulièrement grave en janvier dernier) a fait pencher la balance vers une prise de conscience politique qui gagne du terrain depuis 2011, les citoyens exigeant un air pur.

Les carburants fossiles sont l'énergie d'hier. Sur les 111 propositions d'usines à charbon présentées en Europe en 2008, deux seulement se sont concrétisées. Un nombre bien plus important a fermé ou a, vu son fonctionnement, été suspendu et ces décisions concerneront un nombre d'usines plus élevé encore avant 2015, avec l'introduction d'une nouvelle directive limitant les agents qui polluent l'air. Certains analystes du marché suggèrent que nous assistons au début de la fin du charbon.

Et le charbon n'est pas le seul concerné. Les analystes de la banque d'investissement Citi argumentent que la demande de pétrole pourrait basculer bien plus tôt que le marché ne l'attend et pourrait atteindre son point culminant d'ici 2020. Si la demande s'effondre, le coûteux carbone (comme les sables asphaltiques et les forages pétroliers dans l'Arctique) pourrait ne plus être rentable. C'est une perspective gênante pour les grandes compagnies pétrolières.

Effectivement, les choses sont différentes aujourd'hui. Il est plus évident que jamais que nous allons devoir faire des choix fondamentaux quant au type de monde dans lequel nous voulons vivre et quant à l'avenir que nous voulons léguer à nos enfants. Et si les prévisions s'annoncent sombres, nous avons également de nouveaux espoirs, ce qui n'existait pas en 2007.

S'ils ne sont pas parvenus à l'accord mondial que nous espérions, les gouvernements mondiaux ont convenu de maintenir l'augmentation moyenne de la température en dessous de 2 degrés C°. Pour y parvenir, les émissions doivent cesser d'augmenter bien avant 2020, puis diminuer rapidement pour atteindre le niveau zéro dans les décennies à venir. C'est un objectif de taille mais la solution est à notre portée.

Un futur sans crise climatique est tout à fait possible. Il dépend avant tout de la mise en place d'une politique climat efficace.  Comme nous le rappelions encore dans une carte blanche signée avec les autres ONG et les syndicats, c'est donc avant tout une affaire de volonté politique. Moins d'un an avant les élections, il reste à espérer que les politiques belges reçoivent le message envoyé par le monde scientifique...

Le GIEC publiera le premier chapitre de son rapport : la Base scientifique physique, le 27 septembre à Stockholm.  Les trois prochains chapitres seront publiés l'année prochaine.