Chère industrie des combustibles fossiles, c'est fini

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Actualité - 14 avril, 2014
La semaine a été longue, ici à Berlin, tandis que des experts et fonctionnaires gouvernementaux finalisaient les conclusions tant attendues du Groupe d'experts intergouvernemental des Nations Unies pour des solutions concernant l'évolution du climat. La tâche est désormais terminée, et le message est clair : agir pour le climat est une opportunité, pas un fardeau !


Le groupe de scientifiques, qui rassemble la crème des experts mondiaux sur l'énergie et le climat, affirme qu'une transformation urgente et en profondeur des systèmes énergétiques dans le monde entier s'impose pour enrayer un changement climatique aux conséquences désastreuses. La conclusion qu'en tire Greenpeace : arrêtons de brûler du charbon, du pétrole et du gaz. Et c'est possible.

Les énergies propres et renouvelables gagnent continuellement en importance, en efficacité et en rendement. Nous pouvons aujourd'hui fournir les solutions dont le monde a besoin. Les énergies renouvelables représentent la solution la plus économique en tant que nouvelle source d'énergie dans un nombre toujours plus important de pays.

L'« ère des énergies renouvelables » est annoncée.

Ce n'est pas l'énergie propre qui coûte cher, c'est l'inaction. Cela coûte cher en termes de vies, de moyens de subsistance et d'économies si les gouvernements et les entreprises ne font rien pour stopper l'escalade des impacts du changement climatique.

Le problème, aujourd'hui, c'est le système énergétique sale et obsolète. Les vieilles centrales électriques polluantes, par exemple. Lorsque l'on parle à des employés de grands groupes énergétiques, ils reconnaissent en privé comprendre la nécessité de passer à l'énergie propre. Mais les investissements réalisés par des compagnies telles que Vattenfall ou E.On dans des centrales électriques sales, et qui pourraient bientôt devenir des actifs inutilisables, empêchent ces dernières de franchir le pas.

Il est temps désormais de dire à l'industrie des combustibles fossiles que son heure a sonné. L'abandon progressif des énergies fossiles doit commencer dès maintenant.

Greenpeace s'engage à assurer l'équité de cette phase de transition, en respectant aussi les droits de tous les travailleurs du secteur de l'énergie sale. Nos analyses de la Révolution énergétique réalisées au cours de la décennie écoulée ont révélé que les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique généreront plus d'emplois que le maintien de l'énergie polluante.

La mise en œuvre de la Révolution énergétique permettrait par exemple aux gouvernements d'aider les entreprises à créer 3,2 millions d'emploi supplémentaires d'ici 2030, rien que dans le secteur mondial de l'approvisionnement en électricité. En Afrique du Sud, pour ne citer qu'un seul pays, 149 000 emplois directs pourraient être créés d'ici 2030. C'est 38 000 de plus que dans le plan actuel du gouvernement.

Ne perdons pas de temps. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté plus rapidement entre 2000 et 2010 que pendant les décennies précédentes, déclare le groupe de l'ONU sur le climat. Plus de la moitié de la hausse récente des émissions mondiales de carbone est due à la combustion effrénée de charbon par la Chine.

Poursuivre sur cette lancée reviendrait à foncer droit dans le mur. Toutefois, les effets négatifs conjugués de la pollution atmosphérique, de la pénurie en eau et des risques climatiques ont poussé la Chine à revoir son approche de l'exploitation du charbon. Le pays a récemment adopté des mesures afin de protéger la qualité de l'air qui permettront non seulement aux Chinois de respirer un air plus propre, mais également de freiner la progression continue de la pollution climatique mondiale avant 2020.

Le revirement de la Chine sur le charbon pourrait aussi influencer la dynamique du débat mondial sur le climat. Le gouvernement chinois pourrait en finir avec la mentalité « vous d'abord » qui empoisonne les négociations climatiques des Nations Unies. Plutôt que de se disputer pour savoir qui émet le plus de pollution au carbone, les gouvernements doivent affronter la réalité et décider que, d'ici 2050, plus personne ne pourra encore polluer notre atmosphère commune.

Il est un fait que les différents pays ne disposent pas des mêmes capacités d'investissement dans un avenir sans émissions. Les pays autrefois responsables de faibles émissions devraient être aidés par les nations plus riches afin de supprimer leur ancien système sale. Néanmoins, l'époque où l'action climatique était perçue comme une démarche douloureuse est bel et bien révolue.

Ne serait-ce pas merveilleux si la Chine, galvanisée par ses actions nationales, prenait la tête d'un mouvement mondial en faveur d'un nouvel accord climatique en présentant un nouvel objectif ambitieux assorti de réductions contraignantes des émissions de gaz polluants ? Imaginez un peu l'embarras des États-Unis et de l'Union européenne dans un tel cas de figure ! Comment l'UE pourrait-elle alors continuer de soutenir que sa réduction de 40 % des émissions d'ici 2030 est un objectif « ambitieux » ? L'UE se sentirait-elle plutôt poussée à proposer une meilleure offre, telle qu'une réduction des émissions au sein de l'UE d'au moins 55 % ?

Un nouveau traité mondial sur le climat devrait être adopté l'année prochaine à Paris. Il doit inclure l'objectif de 100 % d'énergie renouvelable pour tous ainsi que l'abandon progressif des énergies fossiles. Seulement alors les gouvernements pourront prétendre avoir compris les véritables implications du rapport des Nations Unies sur le climat qu'ils ont étudié cette semaine.

Daniel Mittler est le directeur politique de Greenpeace International et Kaisa Kosonen une conseillère politique senior à Greenpeace International.

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