Japon : l'efficacité énergétique permet l'adieu au nucléaire

Poster un commentaire
Actualité - 29 mars, 2012
Le nucléaire comme solution aux changements climatiques ? Le Japon est en train de démontrer le contraire... Et de nous rappeler que la solution passe avant tout par l'efficacité énergétique.

La sortie du nucléaire forcée du Japon suite à la catastrophe de Fukushima porte un rude coup à l'affirmation « moins de nucléaire = plus de CO2 ». Depuis peu, le Japon n'a plus qu'un seul réacteur nucléaire en service et n'a pas vu ses émissions de gaz à effet de serre (GES) augmenter.

Au contraire, entre avril et décembre 2011, les émissions de CO2 du Japon ont même baissé par rapport à la même période un an plus tôt. En définitive, le Japon atteindra donc comme prévu l'objectif qui lui a été assigné par le protocole de Kyoto. Une belle réussite dans un pays quasi aussi nucléarisé que la Belgique...

Au lendemain de la catastrophe, des oiseaux de mauvais augures avaient prédit que le Japon allait devoir importer massivement des combustibles fossiles pour compenser la perte de son parc nucléaire. Or, sur les 12 dernier mois, aucune augmentation significative des importations de pétrole, de gaz ou de charbon n'est venue corroborer cette prévision.

Maîtriser la demande

Pour réussir ce tour de force, le gouvernement japonais a tout simplement mis en place une politique d'efficacité énergétique. En d'autres termes, plutôt que de chercher à produire plus d'électricité, il a cherché à en consommer moins. En réalité, cette politique ne date pas de Fukushima. Depuis 2006, le gouvernement nippon s'est lancé dans une politique de diminution de la consommation d'électricité dans l'optique de diminuer sa dépendance aux importations de pétrole. Mais Fukushima a obligé les japonais à accélérer le processus. Ainsi, au lendemain de la catastrophe, le gouvernement japonais s'est fixé comme objectif de diminuer sa consommation électrique de -15% en un an.

Un effort porté par tous

En pratique, tous les pans de la société japonaise ont retroussé leurs manches. Les autorités publiques ont tablé sur une chasse au gaspillage et une gestion réfléchie de la consommation. Elles ont entre autres agi au niveau de l'éclairage public, de la consommation en électricité des administrations.

Les grandes entreprises ont également été mises à contribution : régulation de leur consommation en période de forte demande et de tension sur le réseau électrique ; accélération de leurs investissements dans des moyens de production moins énergivores...
Mais c'est surtout la population nippone qui a pris en charge le gros de l'effort en modifiant ses habitudes de consommation électrique. Ce mouvement a été démontré en novembre 2011 dans un sondage publié par l'Institut de recherche Micromil. La catastrophe a incité 70% des Japonais au changement.

Jouer les prolongations

Greenpeace Japon a lancé une campagne pour que la fermeture des centrales soit prolongée tout l'été. Contrairement à chez nous, l'été est une période de plus forte consommation électrique principalement suite à l'utilisation massive d'air conditionné. Passer un second été sans nucléaire nécessitera que ce mouvement de consommation éco-reponsable se confirme.

Mais le désir de quitter l'atome du peuple japonais est un puissant moteur pour la pérennisation de ces comportements responsables. Ainsi, paradoxalement, la catastrophe de Fukushima pourrait avoir une conséquence positive en accélérant la transition énergétique du pays vers une production basée sur le renouvelable et l’efficacité énergétique.

Et chez nous ?

Au Japon comme chez nous, les occasions de consommer moins d'électricité ne manquent pas : usage limité de l'air conditionné, utilisation de lampes basse consommation, mise à l'arrêt de l'électroménager quand on ne l'utilise pas... Ces petites actions qui nous paraissent souvent dérisoires en Belgique ont pris pour les Japonais une valeur particulière. L'enjeu était tout simplement de sortir (momentanément) du nucléaire sans avoir recours à des importations massives d’énergies fossiles !

Le cas japonais démontre que pour quitter le nucléaire, il y a d'autres alternatives que la construction de centrales au charbon... En Belgique, le récent rapport sur l'efficacité énergétique réalisé par le centre de recherche Climact à la demande de Greenpeace montre que pour fermer les trois réacteurs les plus anciens dès 2015, il suffirait de stabiliser notre consommation électrique. Le rapport analyse ensuite la série de mesures nécessaires pour y arriver. Il apparaît que comme au Japon, l'effort auquel la société belge devrait consentir pour sortir du nucléaire est minime.

Le Japon a avancé le couteau sur la gorge, la Belgique ne doit pas attendre la catastrophe pour revoir ses habitudes de consommation....

Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Poster un commentaire 

Pour poster un commentaire, vous devez être inscrit(e).