L'Allemagne prolonge la durée de vie de ses vieilles centrales nucléaires

Actualité - 9 septembre, 2010
La décision politique récemment prise par le gouvernement allemand ne correspond pas au souhait de la majorité des Allemands. Vu le poids de l'Allemagne au sein de l'Union européenne, il s'agit bel et bien d'un signal qui compte. En Belgique aussi, beaucoup de personnalités actives dans les cénacles décisionnels n'hésitent pas à rêver tout haut à la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires. Il existe pourtant suffisamment d'arguments solides pour ne pas remettre en question la loi de sortie du nucléaire.

Lors d'une action devant la centrale allemande d'Emsland, des militants demandent de ne pas prolonger la durée de vie des centrales nucléaires du pays.

L'Allemagne compte 17 réacteurs nucléaires. Leur durée de vie sera prolongée, selon les cas de 8 à 14 ans. Et une fois encore, c'est à un fameux marchandage auquel l'on a assisté. En échange de la prolongation de la durée de vie de leurs centrales, les électriciens allemands dont E.ON devront allonger 2,3 milliards d'euros par an et ce, entre 2011 et 2014. L'Allemagne injectera également trois milliards d'euros dans le développement des énergies renouvelables.

Faut-il en conclure que le nucléaire connaît une véritable renaissance? C'est totalement exagéré. Le nucléaire est tout au plus une énergie de transition. L'Allemagne n'investit plus dans de nouvelles centrales. Pour la chancelière Angela Merkel, la prolongation de la durée de vie des réacteurs allemands ne sert qu'à faire le lien avec un système énergétique 100% renouvelable. Tout le monde s'accorde à estimer qu'il est grand temps de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles et polluantes. Notre production énergétique doit être placée sous le signe de la durabilité.

Toutes les options sont ouvertes

Le nucléaire n'est pourtant pas une fatalité pour faire le lien entre ces deux systèmes énergétiques. C'est, au contraire, contre-productif de s'attacher encore à cette forme d'énergie productrice de déchets ingérables. L'équation « nucléaire ET renouvelables » n'est tout simplement pas viable. En réalité, la seule alternative possible c'est l'équation « nucléaire OU renouvelables ». Les centrales nucléaires manquent de flexibilité et s'adaptent difficilement aux fluctuations de la demande en énergie. Il est impossible de modifier sans cesse leur puissance et une fois qu'elles sont 'coupées', elles ne peuvent pas être facilement rallumées. Ce sont des centrales qui occupent tout le terrain énergétique et qui doivent quasi en permanence tourner à plein régime.

C'est par contre la  flexibilité qui caractérise la production énergétique renouvelable. Une éolienne peut parfaitement être enrôlée lors d'une augmentation de la demande. Il s'agit d'une structure de production parfaitement autonome et d'une mise en service facile. L'Allemagne expérimente déjà ce processus. Lorsque la demande diminue, les éoliennes sont mises temporairement hors circuit... Ces fluctuations influencent à la baisse le rendement des éoliennes, ce qui tempère par ricochet l'enthousiasme des investisseurs.  Sur ce plan, l'Allemagne est un véritable champ de bataille. La puissance du nucléaire s'oppose à celle, pourtant novatrice et prometteuse, des énergies renouvelables.

La Belgique n'échappe pas à cette réalité. On n'échappe pas à la tentation de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires. L'an dernier, le gouvernement belge décidait de revoir la loi sur la sortie du nucléaire. Trois de nos plus anciens réacteurs se verraient ainsi octroyer du bois de rallonge pour dix ans. La chute du gouvernement n'a toutefois pas permis d'entériner cette fâcheuse décision. Théoriquement, toutes les options sont encore ouvertes.

Tout bénéfice pour les caisses de l'Etat

Le spectre d'un approvisionnement difficile en énergie est régulièrement agité en Belgique. C'est en effet au nom de la sécurité d'approvisionnement que la loi sur la sortie du nucléaire peut être remise en question. Sur ce plan, il est important de préciser que la sortie du nucléaire ne peut se faire que selon un échéancier bien établi. Les trois plus anciens réacteurs belges peuvent être fermés en 2015 sans que cela n'affecte la sécurité de notre approvisionnement. Ces réacteurs sont obsolètes et inutiles. On peut les désactiver sans craindre de voir la lumière s'éteindre quand cette première échéance sera arrivée.

Le pactole que les autorités allemandes vont toucher des électriciens en échange de la prolongation de la durée de vie de leurs centrales fait saliver nos politiciens. Ils y voient un argument massue pour prolonger le nucléaire en Belgique. En réalité, c'est un mauvais calcul. La récupération de la rente nucléaire ne doit pas être assimilée à la prolongation de la durée de vie de nos centrales nucléaires. Cette récupération n'est pas incompatible avec l'implémentation de la loi de sortie du nucléaire. Suez/Electrabel a réalisé par le passé des bénéfices tellement colossaux qu'il serait tout simplement légitime d'instaurer une taxe annuelle. Les consommateurs belges ont payé pendant des années leur électricité bien trop chère. L'amortissement des centrales n'ayant pas été défalqué de leur facture. Le régulateur du secteur, la Creg, a calculé que les bénéfices illégitimes d'Electrabel s'élèvent à presque 2 milliards d'euros par an.

C'est pourquoi, nous estimons qu'il faut nous en tenir à la loi votée en 2003. Cela signifie que notre futur gouvernement pourra fermer les plus anciens de nos réacteurs, à savoir Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 comme prévu en 2015 sans crainte. La lumière ne s'éteindra pas. Une capacité de remplacement suffisante est d'ores et déjà planifiée.