La ministre Schauvliege traite les permis à la légère

Poster un commentaire
Actualité - 19 avril, 2013
Le vendredi 19 avril, la ministre du gouvernement flamand Schauvliege a approuvé le permis d’exploration demandé par la S.A. Mijnen. Il s’agit d’une première étape vers l’exploitation de grisou en Campine limbourgeoise. Cette décision a été prise à la légère et n’a pas fait l’objet d’un débat public. Le grisou ferait mieux de rester sous terre.

Le décret « sous-sols profonds » de mai 2009, du gouvernement flamand, dresse clairement la liste des critères à remplir pour demander un permis d’exploration en vue d’exploiter le grisou. L’objectif du permis consiste à vérifier les ressources financières et les capacités techniques du demandeur ainsi qu’à évaluer l’impact sur l’environnement. Dans le cas présent, le demandeur est la S.A. Mijnen : une joint-venture entre LRM (20 %) et Dart Energy (80 %). Greenpeace estime que la demande ne répondait pas aux critères et que le permis n’aurait donc pas dû être délivré.

Dart Energy, qui ça ?

Dart Energy est à l’origine une entreprise australienne active à l’échelle mondiale dans le secteur des gaz non conventionnels. La situation financière de Dart Energy, le principal actionnaire de la joint-venture, est pour le moins problématique. Début avril, Dart Energy a annoncé l’écrémage de 70 % de son personnel, de même que la fermeture de plusieurs de ses bureaux dans le monde. Dart se retire en outre de différents projets non prioritaires sur le continent européen et en Chine. En Australie également, l’entreprise a décidé d’abandonner ses projets sur le grisou. Un renforcement de la législation en Nouvelle-Galles du Sud, un moratoire sur l’exploitation à proximité des villages et un durcissement de la réglementation environnementale ont eu raison des ambitions de Dart Energy. Enfin, il s’est avéré la semaine dernière que la qualité du gaz exploité par Dart Energy en Écosse, son projet phare, était insuffisante pour la consommation. La cotation boursière de l’entreprise ne ment pas. En un an, l’action Dart Energy a perdu 85 % de sa valeur. Depuis début avril, son cours est à nouveau en chute libre.

C’est cette entreprise que l’autorité flamande considère comme financièrement et techniquement apte. On dirait presque que la ministre Schauvliege a octroyé le permis d’exploration les yeux fermés.

Un moratoire aux Pays-Bas

Concernant l’impact environnemental, la demande de la S.A. Mijnen se contente d’énumérer la législation existante en la matière. Apparemment suffisant pour la ministre Schauvliege afin d’évaluer l’impact sur l’environnement. Un bref coup d’œil au-delà de nos frontières aurait pu se révéler utile. Les Pays-Bas, par exemple, ont adopté en octobre 2011 un moratoire sur les essais de forage pour trouver du grisou ou du gaz de schiste, aussi longtemps que l’étude des autorités sur les risques pour l’environnement et la santé publique est en cours. Sur quelle base la ministre Schauvliege juge-t-elle une telle démarche inutile en Flandre ?

Juge et partie

Outre l’octroi à la légère du permis d’exploration, l’autorité flamande a omis d’engager un débat public sur l’exploitation des gaz non conventionnels. L’argument selon lequel une exploitation n’est pas pour demain ne tient pas la route. Près de 10 millions d’euros ont déjà été investis dans la S.A. Mijnen et le gouvernement flamand s’est aujourd’hui rangé formellement derrière l’exploitation du grisou en accordant le permis d’exploration. Le gouvernement flamand est, dans ce débat, à la fois juge et partie, vu que LRM est à 99 % propriété de l’autorité flamande. Chaque mètre cube de gaz qui sera extrait du sous-sol limbourgeois lui rapportera de plus un pourcentage. On peut se poser la question : est-il normal que l’autorité flamande doive évaluer l’impact d’activités économiques dont elle détient elle-même une part ?

La situation en Wallonie

Transcore Astra, une filiale du holding d’Albert Frère, a annoncé qu’elle allait demander deux permis : un pour exploiter du grisou dans la région de Charleroi, et un autre pour exploiter les anciens dépôts de Fluxys à Péronnes et à Anderlues. En Wallonie aussi, le débat public brille par son absence. Albert Frère a en effet sous-entendu qu’il était déjà en contact avec les administrations wallonnes compétentes pour établir la faisabilité de son projet.

Et maintenant ?

Greenpeace considère que les autorités doivent suivre le principe de précaution et geler tous les projets impliquant des sources de gaz non conventionnels tant que le flou règne autour de leur impact. Il est intéressant de s’inspirer de ce qui se passe hors de nos frontières, et d’évaluer l’utilité de l’exploitation de gaz non conventionnels dans notre pays, et par extension en Europe, par rapport aux risques encourus. Pour Greenpeace, le résultat est évident : le grisou ferait mieux de rester sous terre.

Tags
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Poster un commentaire 

Pour poster un commentaire, vous devez être inscrit(e).