Le gouvernement belge ne tire pas les leçons de Fukushima

La Chambre approuve la prolongation de la durée de vie de Tihange 1

4 commentaires
Actualité - 3 décembre, 2013
La semaine dernière, la Chambre a approuvé la prolongation de la durée de vie de Tihange 1, un réacteur vieux de presque 40 ans. Cette décision va à l’encontre de la loi de sortie du nucléaire de 2003 qui stipule que tous les réacteurs nucléaires doivent fermer au terme de 40 ans de fonctionnement.

Concrètement, cela signifie que les réacteurs de Doel 1 et 2 (433 MW chacun) et Tihange 1 (962 MW) auraient dû fermer leurs portes en 2015. Mais en raison de la modification apportée à la loi, Tihange 1 peut rester opérationnelle pendant 10 années supplémentaires. Ce sont là de très mauvaises nouvelles pour notre sécurité d’approvisionnement, pour la transition énergétique durable et pour notre sécurité.

Sécurité d’approvisionnement

La CREG, le régulateur énergétique national, a calculé que lorsque les trois plus anciens réacteurs nucléaires (représentant au total 1828 MW) cesseront d’être actifs en 2015, un problème momentané d’approvisionnement pourrait survenir à un moment donné dans l’année pendant la période 2016-2018, en cas de conditions climatiques extrêmes (une vague de froid intense dans toute l’Europe, absence totale de vent et ensoleillement rare). La fermeture forcée et imprévue de Doel 3 et Tihange 2 (qui produisent ensemble 2014 MW) de juillet 2012 à juin 2013 n’a de toutes façons pas conduit à ce scénario catastrophe.

Mais il est bien sûr raisonnable de prévoir une marge un peu plus étendue. Une prolongation de la durée de vie de Tihange 1 n’est toutefois pas utile ici, pas jusqu’en 2018 et certainement pas jusqu’en 2025. Des mesures concrètes pour contrer le gaspillage coûteux de l’énergie et un meilleur cadre pour l’adoption accélérée de sources d’énergie renouvelable pourraient tout aussi bien garantir cette marge de sécurité. En outre, comme pour toute technologie, la fiabilité des centrales nucléaires décline avec leur âge. Le risque de voir un vieux réacteur nucléaire mis subitement hors service pour des raisons de sécurité constitue dès lors une menace réelle pour la sécurité d’approvisionnement.

Entrave à la transition énergétique

Les centrales nucléaires non flexibles sont exploitées pour produire la charge de base sur le réseau électrique. Les sources d’énergie renouvelable, variables mais flexibles, sont ainsi régulièrement évincées du réseau, en particulier lorsqu’il y a beaucoup de soleil et de vent. Si l’on veut permettre le développement nécessaire des énergies renouvelables en Belgique, la part des centrales nucléaires non flexibles dans l’offre énergétique doit diminuer. La prolongation de la durée de vie de Tihange 1 jusqu’en 2025 représente un sérieux frein à la croissance des énergies renouvelables et ne fera qu’aggraver le conflit sur le réseau électrique.

Risque nucléaire

Fukushima a brisé le mythe de la sécurité des réacteurs nucléaires occidentaux. L’âge pour lequel ont été conçus nos réacteurs nucléaires s’élève à 30 ans. La loi de 2003 leur a permis de rester opérationnels jusqu’à 40 ans. La prolongation de la durée de vie de Tihange 1 jusqu’à 50 ans accroît le risque d’accident nucléaire majeur. Selon le célèbre Institut Max-Planck, nous pouvons nous attendre à une telle catastrophe en Europe d’ici 10 à 20 ans. Dans un rayon de 30 km autour de Doel et Tihange vivent respectivement 1,5 million et 840.000 personnes, soit dix fois plus que dans la même zone autour de Fukushima.

La technologie et la conception du vieux réacteur de Tihange 1 datent des années 1960-1970. La plupart des pièces usées ne peuvent souvent plus être remplacées par des éléments d’origine. La partie la plus critique d’un réacteur nucléaire est la cuve, qui subit en permanence une charge thermique et des radiations très élevées. Pourtant, on ne peut pas la remplacer. Et une défaillance de la cuve du réacteur conduit irrémédiablement à une fusion de son cœur.

Bien que le gouvernement connaisse ces paramètres, il a cependant décidé de prolonger sans nécessité la durée de l’exploitation nucléaire dangereuse. La Belgique doit suivre l’exemple de l’ « Energiewende » (transition énergétique) allemande : combiner une fermeture accélérée de toutes les centrales nucléaires avec une utilisation approfondie des opportunités économiques qui entraînent à leur suite un basculement rapide vers un système énergétique durable.

4 commentaires Ajouter un commentaire

(Non-inscrit ) lepecheur dit:

comment est t'il possible qu'a l'epoque ou nous vivons et que tout est dereglé ,nos dirigeants ne sont pas un peu plus mature et pren...

Posté 29 janvier, 2014 à 10:35 Signaler un abus Répondre

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(Non-inscrit ) lepecheur dit:

comment est t'il possible qu'a l'epoque ou nous vivons et que tout est dereglé ,nos dirigeants ne sont pas un peu plus mature et pren...

Posté 29 janvier, 2014 à 10:35 Signaler un abus Répondre

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Jessi-k Vanh dit:

A quand la prise de conscience ? Comment pouvons nous continuer à prendre le risque d’une éventuelle catastrophe ? Les déchets issus d’...

Posté 26 janvier, 2014 à 17:30 Signaler un abus Répondre

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Didier Lebailly dit:

Cette décision est dangereuse, irresponsable et un très mauvais signe pour le secteur des énergies renuvelables!

Posté 4 décembre, 2013 à 13:48 Signaler un abus Répondre

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