Les flottes européennes pillent les eaux de l'Afrique de l'Ouest

Interview d'un pêcheur africain

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Actualité - 14 avril, 2011
Issa Moustapha Diop est pêcheur artisanal en Mauritanie. Il s'est rendu à Bruxelles à la demande de Greenpeace, pour témoigner de l'importance de préserver une pêche durable. «L'Afrique nourrit l’Europe mais bientôt, nous n'aurons plus rien à manger».

Issa Moustapha Diop est pêcheur artisanal en Mauritanie.

Vous êtes pêcheur depuis longtemps ?

J'ai commencé ma carrière en 1967, au Sénégal. Ce pays vivait véritablement de la pêche, contrairement à la Mauritanie. En une journée, on pêchait bien plus que les quantités nécessaires, tant les eaux étaient poissonneuses. Je suis retourné en Mauritanie en 1974 lorsque le pays a à son tour développé une tradition de pêche.

Les eaux sont-elles toujours aussi poissonneuses ?

Certainement pas au Sénégal. D'ailleurs, de nombreux pêcheurs sénégalais viennent aujourd’hui chez nous. En Mauritanie, j'ai remarqué une diminution de la quantité de poisson disponible depuis une bonne dizaine d'années. La situation n'est pas encore catastrophique mais elle devient plus difficile. Avant, on pêchait à la journée tandis qu'aujourd'hui, on doit parfois passer la nuit en mer et s'aventurer plus loin des côtes pour parvenir à remplir nos filets. Cette diminution est notamment causée par les grandes flottes européennes, et asiatiques, qui pêchent le long des côtes ouest de l'Afrique. 

Ces grandes flottes vous font concurrence ?

Oui. Nous, nous pêchons à l'aide de pirogues. Nous en possédons plus ou moins 90, pour tout le pays, d'une longueur moyenne de 20 mètres. Nous utilisons des sennes tournantes dans lesquelles nous attrapons essentiellement la sardine mais aussi, le poulpe. Notre pêche est sélective ce qui veut dire que nous pêchons peu d'espèces non désirées. Bref, notre façon de pêcher n'a rien à voir avec celle des grosses flottes européennes, qui pêchent sans compter. Elles congèlent une partie du poisson directement à bord pour l'acheminer vers l'Europe notamment. Je ne suis pas spécialement opposé à la présence des bateaux européens mais je voudrais qu'elle profite aussi à notre pays et aux pêcheurs ! Il est essentiel de réduire la taille des flottes européennes et d'imposer des méthodes de pêche durable. Chez nous, 80% de la population dépend du poisson pour vivre, essentiellement de la sardine. La pêche est aussi une grosse source d'emploi et de revenu. Il faut que ça le reste.

Etes-vous pêcheur de père en fils ?

Mes aînés le sont. Mais je fais des économies pour que les plus jeunes puissent aller à l'école et apprendre un autre métier que celui de la pêche. Je crains qu'à terme, les conditions ne deviennent trop difficiles. Bref, la tradition se perpétue mais en partie seulement !


SOS Océans : Surpêche en Afrique de l'Ouest par gpfrance

Pour en savoir plus ?

Trois pêcheurs africains sont venus en Belgique cette semaine à la demande de Greenpeace. Ils témoignent du pillage des ressources halieutiques par les flottes européennes le long des côtes de l'Afrique de l'Ouest. Ils ont rencontré un certain nombre de parlementaires à qui ils ont fait part de la diminution des stocks de poissons. Les trois pêcheurs, originaires de Mauritanie, du Sénégal et du Cap-Vert, doivent s'aventurer de plus en plus loin en mer, au péril de leur propre vie, pour pêcher en suffisance.

L'UE a conclu avec des pays africains des accords de pêche permettant aux pêcheurs européens de s'approvisionner le long des côtes d'Afrique de l'Ouest. Tous les ans, des immenses bateaux industriels, originaires des Pays-Bas, de l'Espagne, de la France et de l'Italie mettent le cap sur l'Afrique pour y traquer le maquereau et la sardine.

« Les bateaux européens les plus imposants et les plus nocifs pêchent dans les pays les plus pauvres du monde, qui ne reçoivent que très peu de compensation. Ces flottes sont financées par l'argent du contribuable. Les petits pêcheurs africains, qui utilisent des pirogues, en sont les victimes. Ils voient leurs prises et leur sécurité alimentaire diminuer, mais ne bénéficient pas du tout de l'argent versé par l'Europe aux autorités africaines », a déclaré Jonas Hulsens, responsable Pêche à Greenpeace Belgique.

L'Union européenne revoit en ce moment sa Politique Commune des Pêches. Greenpeace plaide pour une réduction drastique de la flotte et pour des méthodes de pêche plus durables, dans les eaux européennes et en-dehors de celles-ci.

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