Nucléaire : le gouvernement loupe la sortie !

Actualité - 8 juillet, 2013
Le plan énergie du secrétaire d’état à l’Energie Melchior Wathelet a été avalisé par le gouvernement le 5 juillet dernier. Pour le secrétaire d’état à l’Energie, la Belgique est maintenant dotée d’une « vision » pour son avenir énergétique. Or, pour Greenpeace rien n’est moins sûr !

Le plan Wathelet devait préparer la Belgique à la sortie du nucléaire. Tout indique qu’on en est toujours loin notamment avec la prolongation de la durée de vie d’un des trois réacteurs de Tihange. Une prolongation accordée pour 10 ans.

Centrales au gaz

Cette prolongation n’est pas la seule «anomalie » de ce plan. Une partie importante concerne les centrales au gaz utilisées pour produire de l’électricité. Melchior Wathelet ambitionne d’en améliorer le rendement. Parmi les mesures proposées, une modification du système de taxation et un appel d’offre pour 800 MW à produire dans de nouvelles centrales au gaz. Cette option est particulièrement discutable dans un contexte où les centrales existantes manquent de rentabilité, entre autres en raison de la production en continu des centrales nucléaires.

« Nous nous trouvons dans une situation absurde où des centrales au gaz relativement récentes sont fermées pour faire de la place à des centrales nucléaires ou au charbon vieillissantes », comment Eloi Glorieux, responsable de la campagne Nucléaire de Greenpeace Belgique.

Rien n’aurait été mieux que de respecter le texte initialement prévu pour la sortie du nucléaire (la loi de 2003) pour « booster » ces centrales. La fermeture à temps et à heure des plus anciens de nos réacteurs aurait permis d’entrer de plain-pied dans une période de transition où le gaz joue un rôle.

Mieux adapter l’offre à la demande

La Belgique doit s’orienter de toute urgence vers un marché de l’électricité plus flexible, basé sur les énergies renouvelables combinées avec la production de centrales au gaz. Ces dernières ne sont pas sans émettre du C02 mais leurs émissions sont 50% inférieures à celles des centrales au charbon. Techniquement, elles se combinent parfaitement avec la production  flexible des énergies éolienne ou solaire.

Le serpent qui se mord la queue

Le plan Wathlet prévoit par ailleurs la mise à disposition des autorités belges de la production de Tihange 1. En échange, Electrabel et EDF percevraient 41,8 € par mégawatt produit. Cette disposition soulève plusieurs remarques fondamentales.

Le chiffre de 41,8 € pose d’une part question. Il englobe des frais liés aux coûts de production, aux investissements et une marge bénéficiaire. Dans le calcul gouvernemental, les coûts de fonctionnement sont estimés à 27,4 €. Or, la CREG,  le régulateur de l’énergie table sur des coûts variant de 17 à 21 €… Il y a donc surévaluation. D’autre part, c’est le principe même de la tractation qui interpelle. Le gouvernement ne percevra pas tous les dividendes de l’opération. 30% aboutiront dans l’escarcelle d’Electrabel et d’EDF soit les deux entreprises qui freinent la refonte de notre paysage énergétique…

Le gouvernement va donc subsidier le gaz, une énergie qui a du plomb dans l’aile à cause du nucléaire et rétribuer les plus ardents défenseurs de cette énergie polluante. Le serpent se mord la queue !

Rente nucléaire

Tout ceci ne doit pas nous faire oublier le mic mac autour de la rente nucléaire. Pour rappel, celle-ci est due parce qu'Electrabel a pu amortir ses centrales nucléaires en un temps record en pratiquant des prix de l’électricité abusifs. Un accord a été passé pour récupérer une portion infime de cette rente : 550 millions alors que la rente nucléaire devrait s’élever annuellement à 1,4 milliards, même après la fermeture des 3 centrales les plus anciennes. Sans compter le fait qu’une partie importante file aujourd’hui chez nos voisins français.

Fatalité ?

Pour faire face à ses obligations en matière de CO2, l’Allemagne s’apprête à fermer 17 réacteurs en 11 ans (2011-2022) tandis que la Belgique n’arrive toujours pas à en fermer 3 en 12 ans (2003-2015) et passe misérablement à côté de la manne d’emplois apportée par les énergies renouvelables. Les négociations avec GDF-Suez autour de la prolongation de Tihange 1 doivent encore commencer. Un accord avec des investisseurs doit également encore être trouvé pour la construction de deux nouvelles centrales subsidiées. L’erreur fatale du gouvernement peut donc encore être corrigée. Ce serait d’autant plus nécessaire que le consommateur risque de se voir imposer des prix de l’électricité encore plus élevés.