Un nouveau rapport de Greenpeace démontre les mauvaises prestations 'carbone' de plusieurs agrocarburants

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Actualité - 25 juillet, 2011
Les automobilistes roulent sans le savoir 'contre' le climat. Tout simplement en allant à la pompe et en s'approvisionnant en diesel. Greenpeace a analysé la composition de 92 échantillons récoltés dans neuf pays européens dont la Belgique. Les résultats révèlent que les biodiesels commercialisés dans l’Union européenne (UE) sont fabriqués à partir de matières agricoles dont la production contribue à des changements d’affectation des sols, à l’origine d’émissions importantes de CO2.

Le diesel vendu aux automobilistes européens est régulièrement mélangé à des biodiesels « sales » fabriqués à partir de colza, d'huile de palme ou encore de soja. Des recherches réalisées pour la Commission européenne ont permis de démontrer que le bilan carbone de ces biodiesels était pire que celui des carburants classiques. Pourquoi ? Les émissions de CO2 liés au changement d’affectation des sols indirects (effet CASI) doivent également être prises en compte.

A quoi roulent les Européens ?

Les échantillons prélevés par les équipes de Greenpeace dans les stations services de l’UE ont été envoyés à un laboratoire spécialisé en Allemagne, à qui l'on a confié la mission de détecter la présence de biodiesel dans les carburants proposés à la pompe et d’en déterminer la composition. C'est en France, en Allemagne, en Italie mais aussi en Suède et en Autriche que l'on a détecté les quantités les plus importantes de biodiesels. Le 'score' de ces pays varie entre 5 à 7%. La Belgique se démarque du lot avec une moyenne de 2,7 %. Quant à la composition, ils contiennent tous du soja, de l’huile de palme et du colza. Les proportions varient cependant. Le colza est largement utilisé mais la France carbure aussi beaucoup au soja, tandis que l'Italie utilise des volumes importants d’huile de palme, et la Suède du colza.

Changement d'affectation des sols

Les cultures de soja, de colza et d’huile de palme destinées au secteur de l’énergie prennent la place des cultures destinées à l’alimentation, lesquelles par un mouvement de vases communiquants se déplacent vers des zones encore inexploitées telles que les forêts, les prairies et les tourbières, provoquant la destruction d’habitats naturels propices au stockage du carbone et à la biodiversité.

Les dommages pour l’environnement sont considérables avec une augmentation importante des émissions de CO2 et une accélération de la disparition des espèces liée à la déforestation notamment en Asie du Sud-est et en Amazonie. Les impacts sociaux sont tout aussi dramatiques avec l’aggravation de la crise alimentaire, l’amplification du phénomène d’accaparement des terres, et l’augmentation des conflits avec les populations dépendantes des forêts pour leur subsistance.

Mauvais remède

Le paradoxe c’est que les gouvernements européens, y compris le gouvernement belge, entendent augmenter significativement la part des agro-carburants dans le secteur des transports d’ici 2020….dans le but de promouvoir les  énergies renouvelables et de lutter contre le changement climatique.

Des politiques de soutien sont mises en place à cet effet à travers toute l’Europe. D’ici 2020, l’usage des agro-carburants dans l’UE devraient ainsi augmenter de 170% pour représenter 8,8% de la consommation d’énergie dans le secteur des transports.

Si les plans arrêtés par les gouvernements européens sont mis en œuvre sans modifications préalables des règles, le soutien aux agro-carburants « sales » pourrait se solder par l'émission de plusieurs millions de tonnes de CO2 supplémentaires dans l’atmosphère aggravant le changement climatique que la politique de l’UE entend combattre. Qui a dit « Au fou » !

Un marché porteur...

Les ministres et le parlement européen ont mandaté la Commission européenne en 2008 pour développer une méthodologie visant à inclure les émissions de CO2 liées à l’effet CASI (changements d'affectation des sols indirects) dans le bilan carbone des biocarburants.

Pour Greenpeace, le temps est venu pour l’Union Européenne de légiférer sur le sujet. La totalité du bilan carbone des biocarburants doit pouvoir être quantifiée, effet CASI compris. C’est un outil indispensable qui doit rentrer dans le dispositif d’analyse permettant de distinguer les biocarburants durables et à faible impact carbone des agro-carburants « sales » à l’empreinte carbone désastreuse.

Malheureusement la Commission européenne traîne et la décision, initialement prévue pour décembre 2010, a déjà été repoussée par deux fois. Le Commissaire Européen à l’Energie, Günther Öttinger, s’est engagé le 19 juillet dernier à publier des propositions à l’automne, mais l’influence des lobbies de l’industrie est grande. Le marché des agro-carburants dans l’UE est estimé à 13 milliards de dollars par an et il devrait continuer à croître dans les années à venir avec le soutien des pouvoirs publics, de quoi aiguiser bien des appétits.

Comment réduire les émissions de CO2 dans le secteur des transports ? C’est là tout le défi des prochaines années. Le récent rapport de Greenpeace avance certaines pistes pour « décarbonifier » le secteur des transports sans avoir recours aux agrocarburants « sales » : baisse du volume total des transports, économies d’énergie, véhicules moins énergivores et utilisation accrue d’électricité issue des énergies renouvelables. Il n’y a pas de temps à perdre. L’UE doit afficher sa détermination et son volontarisme politique. Il s’agit de préserver la crédibilité de son engagement dans la lutte contre le changement climatique.

Lisez le rapport complet (en anglais)

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