Page - 6 novembre, 2009
Pour la première fois depuis que je suis de près les négociations climatiques, notre hôtel se situe à côté de celui de la délégation belge. C’est là qu’est organisé chaque matin un briefing pour tous ceux qui figurent sur la liste de la délégation. On va enfin pouvoir dormir plus longtemps ! C’est sur cette réjouissante perspective que je me suis couchée hier soir, mais je m’étais trompée : cette fois, ce sera une réunion avant le petit déjeuner, débutant à... 6h45. Cette semaine sera encore une fois caractérisée par de nombreuses heures de travail et très peu de sommeil, malheureusement, mais cela ne change rien à mon ardeur.
Plus de 20 militants ont déployé des banderoles sur la Sagrada Familia de Barcelone pour demander aux dirigeants de ce monde de conclure un accord climatique ambitieux à Copenhague.
Aujourd'hui, c'était le premier jour à Barcelone, et les négociations ont débuté tranquillement. Quoique… Le pays hôte, l'Espagne, a sorti comme par magie 1 milliard d'euros de son chapeau pour soutenir les pays en développement jusqu'en 2012, date à laquelle Kyoto s'achèvera et qu'il faudra mettre beaucoup plus d'argent sur la table. C'est une initiative très positive - sur laquelle la Belgique pourrait prendre exemple - mais en même temps, l'équilibre fait totalement défaut quand on voit dans quoi l'Espagne investit chez elle. Pour les centrales au charbon, les Espagnols vont sacrifier 1000 millions d'euros, rien que pour l'année à venir. Ce n'est donc pas pour rien que nos collègues espagnols de chez Greenpeace ont mené campagne contre cette politique ces dernières semaines.
Connie Hedegaard, le ministre danois du climat, le président des négociations à Copenhague, a prononcé une allocution d'ouverture. Nous apprécions qu'il ait donné le signal que, bien qu'il reste peu de temps, il y a encore des possibilités d'avancer et d'aboutir à un accord à Copenhague. A ses yeux, il s'agit bien "d'un accord politique contraignant". Ca ne s'invente pas ! Que pouvons-nous attendre alors ? La politique est imprévisible; le fait que le changement climatique aura un grand impact sur les vies de nombreuses personnes, l'est beaucoup moins.
Voilà pourquoi un accord légalement contraignant est si important, obligeant les pays à prendre effectivement des mesures. En plaidant ainsi pour un simple accord politique, les Danois incitent les autres parties à tempérer également leurs attentes. Ce qui réduit les chances d'aboutir à un cadre légalement contraignant, évidemment. J'ai été heureuse lorsque j'ai appris que le Danemark avait été élu 'fossile du jour', un titre honorifique octroyé chaque jour au pays qui parvient le plus à boycotter un bon accord climatique.
Et ce n'était qu'un début. Les pays africains ont demandé la levée des négociations sur tous les sujets qui tombent sous le protocole de Kyoto, jusqu'à ce que des progrès ambitieux soient réalisés dans la discussion sur les objectifs de réduction des émissions des pays industrialisés. Ils réitèrent ainsi à leur façon notre appel au leadership, un message que nous avons fait passer avec ostentation ce matin sur les tours de la Sagrada Familia. Est-ce une bonne stratégie de négociation, voilà la question.
La suite est prévue demain. Je me demande comment les négociateurs s'en tireront cette fois.