«L'Allemagne envoie un signal clair à l'Europe : le nucléaire a fait son temps»

Interview avec Jan Vande Putte à Dannenberg

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Actualité - 7 novembre, 2010
Sur les traces du train le plus radioactif de tous les temps, le Belge Jan Vande Putte, spécialiste Energie pour Greenpeace International, partage son enthousiasme depuis Danneberg, en Allemagne. Interview-express, dimanche 7 novembre, à midi.

Depuis quand suis-tu le train ?
J'ai rejoint notre équipe à Valognes, en France, le 4 novembre dernier. C'est là que nous avons mesuré la radioactivité qui se dégage du convoi. Nos mesures sont indicatives puisqu'elles ont été prises au départ d'un convoi en mouvement. Elles montrent clairement que le « bruit de  fond » de radioactivité, càd la radioactivité naturelle est largement dépassé. Selon les rayonnements, on parle de 100 ou 1000 fois le bruit de fond habituel. Nous avons également réalisé une thermographie du convoi. Ces images montrent à quel point les conteneurs chargés sur le train sont porteurs d'une quantité énorme de radioactivité.

Jan Vande Putte au départ du train à Valognes

Où te trouves-tu actuellement ?
Je suis à Dannenberg en Allemagne. C'est la gare d'arrivée du train. Nous sommes ici à 20 kilomètres de Gorleben. Ces kilomètres devront être parcourus en camion. Nous attendons le convoi. Ce dimanche matin, on compte 8 heures de retard. Comme d'autres groupes anti-nucléaire, Greenpeace a mené plusieurs actions tout au long du trajet. Kumi Naidoo, notre directeur international nous a rejoints le long du parcours pour exprimer toute notre opposition à ce transport nucléaire.

Arrêter un convoi nucléaire que l'on réfute, n'est-ce pas paradoxal ?
Sans doute mais ce qui se passe ici dépasse largement le côté « anecdotique » du retard observé. Des milliers de personnes se regroupent pour s'opposer à la décision d'Angela Merkel de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires en Allemagne. Nombreux sont ceux qui ont librement dévoilé leur identité et annoncé leur action. Quelque chose est véritablement en marche.

Kumi Naidoo s'adresse aux manifestants à Gorleben

Tu veux parler de la renaissance du mouvement anti-nucléaire ?
En Allemagne, cela ne fait aucun doute. En 2002, lorsque le gouvernement - une coalition rouge/verte - a déclaré l'arrêt du nucléaire, l'opposition s'est tassée mais la décision insensée de Merkel a relancé le mouvement.

A quoi le remarques-tu ?
Entre autres à la solidarité qui se met en place. Les manifestants ont été accueillis pour la nuit par des habitants. Pour les transports vers le Nord de l'Allemagne, ça s'organise aussi naturellement. Les gens trouvent des voitures pour continuer leurroute. Il y a une opposition au nucléaire très palpable et très touchante aussi.


Qu'est-ce qui caractérise ce mouvement ?
Le pacifisme ! Il y a beaucoup de gens qui se regroupent sur les voies pour retirer des cailloux. C'est une action très simple mais avec 3.000 personnes sur les rails, cela veut dire quelque chose. Cette mobilisation s'observe sur une voie ferrée qui sert normalement au transports des personnes. Symboliquement, tous ces gens sur les rails, c'est très fort.


On parle pourtant souvent de renaissance du nucléaire ?
C'est complètement l'inverse qui se passe. En Europe, le nucléaire est en recul. Par contre, les énergies renouvelables sont en pleine croissance. Aujourd'hui, quand on parle des renouvelables en Allemagne, on parle de 340.000 jobs.

C'est ça qui rend la décision de Merkel aussi absurde ?
L'Allemagne est le leader mondial des renouvelables. Ce qui se passe ici est un signal pour l'Europe. La population n'est pas dupe. Les citoyens savent où se trouve leur intérêt.



Pour en revenir au train nucléaire, quelles sont les solutions proposées pour limiter ce carrousel nucléaire ?
En ce qui concerne ce convoi spécifique, il n'aurait, à nos yeux, jamais dû partir. Les déchets sont emmenés vers Gorlebe, dans le nord de l'Allemagne. Or, ce site ne sera jamais adéquat pour leur stockage. Les enfouir dans les couches de sel de cette région n'est tout simplement pas envisageable. Il aurait fallu les stocker près d'une centrale nucléaire et se limiter à un stockage en surface. Nous avons fait une proposition pour une centrale qui se trouve à la frontière entre la France et l'Allemagne. Pour éviter d'autres transports à l'avenir, il faut bien sûr arrêter la production nucléaire. Des pays comme la France et la Belgique devraient se souvenir de ce qui est en train de se passer ici. Et puis, globalement, nous pensons qu'il faut stocker les déchets en surface à proximité des centrales nucléaires. C'est plus sûr. Tous ces transports de déchets, ce ne sont que des problèmes additionnels.

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