OGM-pesticides, un modèle agricole rétrograde

Actualité - 7 novembre, 2012
Si l’Europe ne modifie pas les conditions d’accès aux cultures OGM, nous risquons d’utiliser de plus en plus d’herbicides. Ce serait une catastrophe pour l’environnement et un désastre financier pour les agriculteurs. Rien de tel que le témoignage d’agriculteurs lésés par les organismes génétiquement modifiés (OGM) pour convaincre les décideurs politiques de faire barrage à ces organismes modifiés pour résister à des herbicides et qui –à l’autopsie – ne font qu’en stimuler l’usage…

Les OGM actuellement autorisés à la culture (ou en attente de cette autorisation) en Europe pourraient contribuer au développement de résistances aux herbicides. Si nous voulons arrêter l’escalade, il ne faut plus les autoriser à la culture. Tel est en substance le message porté, par nos équipes, en Pologne, au Luxembourg ou encore aux Pays-Bas.

Pour remettre ce message, deux agriculteurs américains ont fait le voyage ainsi que le professeur Charles Benbrook, un agronome spécialiste de l’impact des OGM. Pourquoi faire venir tout ce beau monde d’aussi loin ? Tout simplement parce que les États-Unis ont une tradition de culture transgénique imbattable ! Surtout si l’on veut en démontrer – comme Charles Benbrook l’a fait à de nombreuses reprises - tous les inconvénients…

Une délégation à Bruxelles

Aujourd’hui est un jour particulier puisque nous nous arrêtons à Bruxelles, au cœur du quartier européen. Outre le témoignage de nos amis américains, nous n’arrivons bien sûr pas les mains vides. Que du contraire ! Nous allons remettre aux décideurs européens un rapport démontrant à travers différents scénarii que le recours au glyphosate (le principe actif à la base de nombreux herbicides) pourrait augmenter de 800% d’ici 2025.

Ce scénario « catastrophe » correspond à l’autorisation illimitée de plantes transgéniques résistantes au glyphosate par l’UE. Pour avancer ce chiffre, Greenpeace s’est penchée sur les cultures de plantes transgéniques modifiées pour résister au glyphosate : le maïs, la betterave sucrière et le soja. Ces plantes ont en commun d’avoir été fabriquées pour détruire tout autre organisme vivant dans leur parage. Pas question pour un innocent brin d’herbe de pousser au pied d’un maïs transgénique, c’est immédiatement le carnage ! Enfin, ça c’est l’effet vanté par l’industrie des biotechnologies : la panacée pour les agriculteurs, la plante semée se défend elle-même contre les intrus.

Téléchargez les rapports en anglais:

Rapport Glyphosate.pdf / HT summary report.pdf

Le revers de la médaille…

Après quelques années de culture, on peut maintenant affirmer que la réalité est tout autre. Les mauvaises herbes développent des résistances aux herbicides. Et ce, selon un mécanisme bien connu dans le domaine des antibiotiques. A force de les utiliser, ils perdent de leur efficacité. C’est exactement ce qui se passe dans les champs de pays comme les États-Unis qui ont joué de longue date la carte OGM. Ça résiste de toute part ! On en est arrivé à devoir lutter contre des 'mauvaises herbes' qui sont elles-mêmes devenues résistantes à l'herbicide censé les combattre  ! Et si ça résiste et bien, on augmente la quantité de substances chimiques pour résister aux résistances…

Entre-temps, une vingtaine de soi-disant 'mauvaises herbes' sont à leur tour devenues résistantes aux herbicides

La biodiversité trinque, les agriculteurs s’endettent

Ce cercle vicieux n’est pas uniquement préjudiciable à l’environnement – comment en effet préserver la biodiversité dans ces conditions ? – mais surtout aux agriculteurs. Les plantes OGM coûtent cher. L’industrie les conditionne de manière à ce que les agriculteurs ne peuvent plus les replanter. Et bien sûr, l’industrie fabrique ET les OGM résistants aux herbicides ET les herbicides aptes à déjouer les résistances ! Résultat : la facture des agriculteurs s’alourdit au fur et à mesure que grandit leur dépendance face à l’industrie. Aujourd’hui, aux États-Unis, une unité de semence de maïs OGM coûte à l’agriculteur 263.00 dollars soit 100.00 dollars de plus qu’un maïs conventionnel.

19 OGM diffuseurs d'herbicide en attente d'autorisation

Si on adopte les mêmes habitudes, la rentabilité de l’agriculture européenne pourrait en prendre un sacré coup… Pour éviter cette catastrophe annoncée, la Commission européenne doit renforcer la procédure d’autorisation des OGM. Cette procédure doit intégrer une analyse fine des risques socio-économiques et des effets à long terme des OGM. La démonstration de l’impasse à laquelle conduisent les OGM sera rapidement faite ! 26 OGM sont actuellement en attente d'autorisation. La majorité d'entre eux (19/26) ont été modifiés pour résister aux herbicides.