Signes de vétusté dans nos réacteurs nucléaires

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Actualité - 9 août, 2012
On a appris ce 8 août que le réacteur n°3 de Doel (Anvers) était fermé. En cause ? Des fissures auraient été identifiées dans la cuve de son réacteur. Le réacteur Tihange 2 (Huy) a été mis à l’arrêt pour la même raison. Il s’agit d’un phénomène de vétusté dénoncé par Greenpeace depuis belle lurette. Une seule décision est possible : la fermeture.



Notre rapport intitulé « Roulette russe». Les risques de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires belges» publié en 2010 évoquait déjà les problèmes rencontrés aujourd’hui. Il s’agit de failles inhérentes à la conception même de certains de nos réacteurs dont Doel 3 et Tihange 2.

Une de ces failles concerne la cuve du réacteur. Pourquoi ? Cette pièce métallique est exposée à une charge thermique et un bombardement atomique constant. La structure profonde du métal peut être fragilisée suite à son exposition à un flux continu de neutrons et des fissures peuvent apparaître.

Le réacteur Doel 3 présentait probablement dès sa conception des imperfections au niveau des soudures de sa cuve. Elles viennent d’être découvertes. Le risque est réel surtout si le réacteur est maintenu en fonction. Les fissures pourraient s’agrandir.


Zones difficiles d’accès

C’est la première fois que l’on a procédé à des mesures au départ d’ultra-sons dans des zones peu accessibles comme la cuve d’un réacteur. Ces mesures ont mis en évidence la possibilité de fissures dans la cuve du réacteur Doel 3.

“Si ces fissures se transforment en lézardes, la cuve du réacteur sera définitivement perdue et nous serons face à un scénario d’accident, explique notre spécialiste énergie Eloi Glorieux.

Réacteurs nucléaires belges: fissures dans la  cuve du réacteur de Doel 3.


Stresstests insuffisants

Les problèmes déplorés aujourd’hui en Belgique mettent de l’eau au moulin de l’étude critique des stress tests européens publiée en mai dernier. Deux scientifiques indépendantes avaient alors réalisé à la demande de Greenpeace, une analyse critique des rapports officiels des stress tests. Leur conclusion était sans appel : fermeture des réacteurs Doel 1 et 2 et Tihange 1. Pour elles,  nos autres réacteurs devraient être mis à l’arrêt le temps d’une inspection minutieuse, de l’identification de problèmes éventuels et de la mise en place urgentes de mesures pour y faire face.


Responsabilité sociétale d’abord

Heureusement, l’agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) fait correctement son boulot et demande à l’exploitant des centrales – GDF Suez/Electrabel de prendre ses responsabilités.  L’électricien doit prendre en considération l’intérêt de la population et la sécurité nationale et faire passer ses intérêts commerciaux au second plan.

« On pourrait surtout se demander pourquoi l’agence qui était au courant du problème d !s le mois de mai n’a pas jugé bon de le rendre public avant la décision du gouvernement de prolonger la durée de vie de Tihange 1 d’une décennie. Doel 3 illustre parfaitement ce qui risque de subvenir dans une centrale vieillissante. »


La planification plutôt que le chaos

Pour Greenpeace, une sortie planifiée du nucléaire et parfaitement assumée (càd sans compromis et ni marchandage) est de loin préférable à une sortie imposée par des défaillances techniques qui posent de graves problèmes de sécurité.

« Les problèmes de vétusté se manifestent endéans la durée de vie prévue par les concepteurs.
Dans le cas de Doel 3, il s’agit de 40 ans. Maintenir des centrales en exploitation plus longtemps, c’est jouer avec le feu, déclare Eloi Glorieux. Les problèmes de vétusté se combinent entre eux de manière totalement imprévisible.»

Problème d’approvisionnement

Il est important de procéder dès maintenant à des inspections dans les cuves de tous nos réacteurs. Si le phénomène se confirme, il n’y aura pas d’autres choix que la fermeture définitive. Entre autres de Doel 3 et Tihange 2. Une telle fermeture débouchera-t-elle sur des problèmes d’approvisionnement ? Dans l’immédiat, ce ne sera probablement pas le cas. Peut-être cet hiver… Cela ne peut en aucun cas justifier le maintien en service de ces réacteurs.

La prolongation de la durée de vie de centrales nucléaires vieillissantes se solde par la création de problèmes d’approvisionnement. Pourquoi ? Si une défaillance technique impose la fermeture d’un réacteur, on perd tout le bénéfice d’une sortie anticipée et assumée.

Cette planification permettrait par exemple de tabler sur l’immense potentiel de l’efficacité énergétique en Belgique. Une planification assumée permettrait également d’accompagner correctement l’essor des énergies renouvelables notamment avec l’organisation d’une période de transition où les centrales au gaz, flexibles et présentant un bon rendement énergétique, ont un rôle à jouer. La Belgique peut aussi tabler sur un appoint d’énergie provenant des Pays-Bas. Les pistes ne manquent pas.


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