Un audit interne condamne Sinar Mas

Le géant de l'huile de palme poursuit son massacre des forêts d'Indonésie

Actualité - 12 août, 2010
À la suite de lourdes accusations de la part de Greenpeace, Sinar Mas, le plus grand producteur d’huile de palme d’Indonésie, a accepté de faire auditer ses activités par un bureau indépendant. La principale conclusion de ce rapport est toujours la même : l’entreprise saccage la forêt tropicale indonésienne et les tourbières riches en carbone. Elle détruit par la même occasion l’habitat naturel d’espèces animales menacées tel que l’orang-outan.

Malgré sa promesse, Sinar Mas a choisi de poursuivre la destruction des forêts tropicales et des tourbières profondes sur l’île de Bornéo.

Nous avons pu assister, mardi, à un bel exemple de « greenwashing », lorsque Sinar Mas a réuni la presse internationale et a annoncé que les constatations de Greenpeace étaient "infondées". Pourtant, quiconque y regardera de plus près réalisera que la plupart de nos accusations ont été confirmées. Ci-dessous, vous trouverez un aperçu de quelques-unes des avertissements formulés par Greenpeace dans plusieurs rapports et que l’audit de Sinar Mas corrobore aujourd’hui.

Sinar Mas déclare « ne pas être responsable de la destruction de l’habitat d’orangs-outans ». Mais ce que l’entreprise omet de mentionner, c’est que dans sept des onze concessions que les auditeurs ont visitées, les coupes à blanc avaient lieu avant que la moindre étude n’ait été menée pour déterminer les zones de « high conservation value » (HCV) càd à haute valeur écologique. Cet examen permet de cartographier les régions qui sont importantes pour les orangs-outans.

Sinar Mas a, d’après ses dires, agit de manière « responsable et tout à fait légale ». Pourtant, les auditeurs ont découvert que dans le cas de huit concessions sur les onze qu’ils ont visité, l'entreprise avait abattu des arbres sans les autorisations environnementales nécessaires. Il s’agit d’une infraction à la loi indonésienne.

Des forêts écrans...

Sinar Mas prétend que les accusations de Greenpeace à propos du défrichement de tourbières sont « exagérées et erronées ». Cependant, les auditeurs laissent non seulement entendre que Sinar Mas a pratiqué des coupes dans des tourbières boisées, mais ils ont également découvert que des tourbières ont été défrichées en 2010. Cette pratique est contraire au moratoire instauré par l’entreprise elle-même en novembre 2009 et portant sur l’exploitation des tourbières. L’Indonésie interdit le défrichement de tourbières profondes.

Parallèlement, les auditeurs de Sinar Mas ont également commis quelques erreurs fondamentales dans l’interprétation de nos incriminations. Ils annoncent par exemple que, d’après Greenpeace, Sinar Mas « détruit les forêts primaires ». Une accusation qu’on ne retrouve pourtant nulle part dans nos rapports. Mais ce que nous contestons bel et bien, ce sont les affirmations répétées de Sinar Mas selon lesquelles ses concessions n’englobent par la moindre forêt primaire. Ces forêts sont les seules présentées par l'entreprise indonésienne comme valant la peine d’être conservées. De cette manière, Sinar Mas éloigne l’attention des autres forêts importantes qu’elle déboise, qui servent bien souvent d’habitat pour les orangs-outans et qui sont essentielles pour la protection du climat.

La vidéo ci-dessous met à mal quelques-uns des mythes soutenus par Sinar Mas :



Plutôt que de prendre au sérieux les résultats de l’audit et mettre un terme à ses activités dévastatrices, Sinar Mas a préféré tourner la vérité en sa faveur, dans l’espoir de sauver la face. Même pendant l’audit, le producteur d’huile de palme a continué à défricher des forêts et des tourbières, ce qui va à l’encontre de sa propre politique.

Le fait est qu’à nouveau, Sinar Mas donne la preuve qu’elle ne respecte pas ses engagements. L’entreprise déclare ainsi d’un côté que la protection de l’environnement est importante, et détruit de l’autre côté l’habitat des orangs-outans. Elle annonce aussi son intention d’élargir ses opérations, au détriment des forêts et tourbières d’Indonésie. La vérité est que Sinar Mas continue à tirer profit du déboisement de la forêt tropicale, alors qu’elle s’affiche comme une entreprise « verte ».

Consultez aussi le dernier rapport « Sinar Mas, empires of destruction »

Thèmes