Carbone en exil: la fonte de la Sibérie

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Actualité - 2 décembre, 2009
Si vous vivez dans un pays développé, vous êtes bien protégé du changement climatique. Les modifications des modèles climatiques, les précipitations plus importantes, la hausse progressive du niveau des mers et les augmentations de température : en ce moment, la société occidentale absorbe ces changements sans vraiment remarquer de différence. Mais pour les populations indigènes de l’Arctique, qui vivent sur la ligne de front du changement climatique, les modifications du comportement de la planète sont beaucoup plus manifestes.

Pour les Nenets en Sibérie, les effets des changements climatiques sont déjà beaucoup plus manifestes.

Les Nenets, une population de la péninsule Yamal, sont des éleveurs de rennes nomades qui vivent sur le cercle polaire, sur la côte nord de la Sibérie. En été, ils font paître leurs rennes dans la toundra, sur la péninsule, et l'hiver, lorsque le sol est gelé, ils partent vers les steppes plus clémentes, dans le Sud de la Sibérie. Ils profitent que les lacs et les marécages de la péninsule soient gelés pour les traverser en hiver, et pour y pêcher des poissons en été.

Mais les choses changent. L'Arctique est la région de la planète la plus sensible au changement climatique. Si la température moyenne a augmenté de plus ou moins 0,8 degrés en moyenne, certaines parties de la Sibérie se sont réchauffées de 5 ou 6 degrés. Les Nenets ont remarqué que le sol gèle de plus en plus tard dans l'année et même pas du tout à certains endroits. Les éleveurs de rennes doivent attendre plus longtemps pour pouvoir déplacer leurs troupeaux vers le sud en passant sur les eaux gelées.

Ici, aux confins du monde, le réchauffement de la Sibérie menace déjà un mode de vie qui était demeuré constant pendant des milliers d'années. Les Nenets ne sont pas les seuls à devoir se déplacer plus tard dans l'année - nombre des lacs d'eau douce qui ponctuent le paysage se vident, les parois de terre contenant l'eau fondant et s'effondrant. Et ainsi, les Nenet perdent les zones de pêche qui constituent l'une de leurs principales sources d'alimentation.

Glaces éternelles

La Sibérie est un paysage qui se développe sur un sol gelé, appelé 'permafrost', mais qui commence à fondre. En face des côtes, des îles entières constituées de permafrost disparaissent, au fur et à mesure que la mer arctique emporte la glace fondue. A cause de la fonte du permafrost, les routes, les pipelines et les fondations s'effondrent dans tout le pays. Chaque année, la quantité de glace qui fond en été et d'eau qui ne regèle pas en hiver augmente.

Le problème ne se pose pas seulement en Arctique. Cette fonte a également des implications mondiales, parce qu'elle accélère le changement climatique. Le permafrost est une masse énorme de compost - remplie de plantes, d'animaux et d'arbres morts, et d'autres composants riches en carbone. A certains endroits, il peut atteindre 1.5km de profondeur. Tant qu'il reste gelé, le carbone reste prisonnier dans le sol. Mais au fur et à mesure que l'Arctique se réchauffe et que le permafrost fond, les microbes commencent à décomposer cette matière organique libérant du dioxyde de carbone et du méthane dans l'atmosphère.

Lacs en feu

Le méthane est un puissant gaz à effet de serre - probablement responsable, à tonnes égales, d'environ 25 fois plus de réchauffement global depuis cent ans que le dioxyde de carbone. En mettant le feu au méthane qui s'échappe, les scientifiques peuvent prendre des images saisissantes de flammes s'échappant de trous pratiqués dans les lacs sibériens.

Ces émissions s'ajoutent aux gaz à effets de serre de plus en plus nombreux dans l'atmosphère, ce qui accélère le changement climatique. Le permafrost contient des quantités massives de carbone - probablement deux fois plus que ce que l'on trouve actuellement dans l'atmosphère, et environ 5 fois plus que tous les gaz à effet de serre que les humains ont libérés dans l'atmosphère. Si nous ne savons pas vraiment combien de carbone peut être libéré dans l'atmosphère par la fonte du permafrost, on peut dire sans mentir que tous ces gaz à effet de serre supplémentaires libérés par la fonte du permafrost ne constituent pas une bonne nouvelle.

Suite à la fonte du permafrost, ce qui se passe en Arctique ne se limite pas à l'Arctique. Il faut donc une action politique forte de la part des leaders à Copenhague. Nous devons contrôler le réchauffement qui fait fondre l'Arctique. Il est probablement trop tard pour arrêter le changement climatique, celui-là même qui ne permettra plus aux Nenet de vivre leur mode de vie traditionnel. Mais si nous n'agissons pas maintenant, ce sera bientôt le cas de beaucoup de gens.

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