Trafic de viande de baleine: la corruption est publiquement admise!

Actualité - 24 décembre, 2010
C'est une belle victoire que vient de remporter le bureau japonais de Greenpeace après plusieurs années de lutte contre la corruption qui sévit dans le secteur de la chasse baleinière. L'agence japonaise pour la pêche (FAJ) a finalement admis que cinq de ses représentants avaient reçu des «colis de viande de baleine». Ces «cadeaux» provenaient des sociétés qui pratiquent cette chasse d'un autre âge.

Junichi Sato pèse une quantité de viande de baleines volée par les membres de l'équipage du baleinier Nisshin Maru.

L'agence a admis que cette pratique ne cadrait pas avec son code éthique et a présenté des excuses à la population tout en annonçant des actions disciplinaires à l'encontre des cinq contrevenants. La télévision japonaise a diffusé une séquence d'aveu publique impliquant un officiel de la FAJ.

Scandale de la viande de baleine: rappel des faits

C'est en 2008 que deux militants de Greenpeace avaient dénoncé la corruption aujourd'hui publiquement admise. Junichi Sato et Toru Suzuki, mieux connus sous la dénomination des «Tokyo Two» ont payé bien cher cet acte de civisme. Ils ont été poursuivis pour avoir remis aux autorités japonaises une caisse de viande de baleine provenant du trafic dénoncé. Un trafic qui concernait tout le monde au Japon puisqu'il implique un programme officiel payé par les contribuables! Outre la corruption dénoncée, il s'agissait bel et bien d'un programme autorisant le massacre de baleines dans le sanctuaire baleinier de l'océan austral. Les Tokyo Two avaient mené une véritable enquête au départ d'informations recueillies à bonne source et ont été, à leur tour, accusés de 'corruption'. Le Japon avait par la suite organisé leur procès plutôt que d'entreprendre le procès des chasseurs de baleines.

Une industrie moribonde

La chasse à la baleine en Antarctique est de moins en moins populaire et bénéficie de moins en moins de défenseurs. La population japonaise semble elle aussi se désolidariser. Selon un sondage, la majorité des Japonais s'opposent à la chasse dans le sanctuaire austral. 87% des sondés ignoraient que leurs taxes servent à financer la chasse. Le stress encouru par les Tokyo Two, la privation de liberté et les accusations arbitraires et injustes dont ils ont été victimes ont largement contribué à modifier la perception de la population. L'idée de protéger les baleines a fortement évolué au Japon. L'agence japonaise pour la pêche a littéralement été mise sous pression par les défenseurs de Junichi et Toru. 500.000 d'entre eux ont, en effet, réclamé justice pour les Tokyo Two et la mise en route d'une véritable enquête sur le cas de corruption révélé. Cet appel avait été relayé par Greenpeace partout dans le monde. L'affaire avait alors pris une tournure internationale.

Il reste du pain sur la planche

La décision de la FAJ de prendre des sanctions est bien évidemment satisfaisante mais elle ne constitue en rien une fin en soi. Ce qui compte à présent c'est qu'un observateur extérieur puisse prendre la relève et faire toute la lumière sur le trafic de viande de baleine.

Greenpeace Japon a réussi à réduire la demande en viande de baleine en agissant sur le marché japonais et en travaillant sur les supermarchés et les détaillants. Tout ceci a un impact financier sur le programme officiel de chasse à la baleine. L'aveu de corruption jette un nouveau discrédit sur ce programme.
«Il est temps que les contribuables japonais demandent à leur gouvernement d'arrêter définitivement ce programme», déclare Junichi Sato, un des Tokyo Two et actuel directeur des programmes de Greenpeace Japon.

Thèmes