Le 24 mars 1989, peu après minuit. Une des plus grandes catastrophes écologiques provoquées par l'homme se déroule à ce moment-là au large des côtes de l'Alaska. Les images prises pendant les jours qui ont suivi restent encore gravées dans ma mémoire : celles d'oiseaux englués dans le pétrole, de plages noircies bordant une mer visqueuse, de pêcheurs désespérés. Alors que j'avais 7 ans, c'est cette catastrophe pétrolière de l'Exxon Valdez qui a définitivement éveillé ma conscience écologique.

 

Le pétrolier Exxon Valdez heurte le récif Bligh Reef dans la baie du Prince-William, déversant 750 000 barils de pétrole brut dans les eaux vierges de cette région sub-Arctique. Une région présentant donc des conditions (climatiques) très similaires à celles de l'Arctique. Une tempête trois jours après l'accident pousse de grandes quantités de pétrole jusqu'aux côtes rocheuses de Knight Island. Les dégâts y sont encore aujourd'hui, 25 ans plus tard, visibles et perceptibles.

Cela aura servi de leçon, pense-t-on alors. Pourtant... L'Exxon Valdez n'est plus la plus grave catastrophe écologique qu'aient connue les États-Unis. En 2010, la plateforme pétrolière BP Deepwater Horizon génère un désastre incalculable.

Cela ne fait toutefois plus aucun doute aujourd'hui : l'exploitation pétrolière est une activité intrinsèquement risquée. J'aurais pensé qu'aucune autre compagnie pétrolière telles qu'Exxon, BP, Shell et Gazprom n'aurait été autorisée à accéder à l'Arctique, cette région fragile mais tellement cruciale pour le climat de notre planète. Mais 25 ans après la catastrophe de l'Exxon Valdez et 4 ans après Deepwater Horizon, c'est comme si rien ne s'était passé.

Le Conseil de l'Arctique, qui regroupe les pays situés autour du pôle Nord, négocie pour l'instant un plan destiné à gérer les déversements de pétrole potentiels dans cette région. Mais ce qui se trouve sur la table est incroyablement frileux et n'aurait absolument pas pu empêcher la catastrophe de l'Exxon Valdez. Entre-temps, les compagnies pétrolières reçoivent de ces mêmes pays de l'Arctique des licences pour rechercher du pétrole sous les eaux magnifiques mais aussi extrêmement fragiles de ce territoire. Alors qu'en réalité, il est impossible de gérer une catastrophe pétrolière dans de telles conditions : une eau très froide (impossible de recourir à des techniques conventionnelles pour enlever le pétrole), des tempêtes violentes, le gel des eaux de surface chaque hiver et le manque total d'infrastructures à proximité (ports, etc.) entraîneraient dans cet environnement un drame sans précédent.

Cela n'empêche cependant pas des cow-boys pétroliers comme Gazprom, dont la réputation en matière d'écologie est plus que douteuse, de s'attaquer désormais à la région de l'Arctique voisine de la Russie. Exxon, qui veut aussi sa part du gâteau, a conclu un accord avec l'autre géant russe du pétrole Rosneft afin de réaliser cet été des forages d'essai dans la mer de Kara. Les secteurs sous licence dans lesquels Exxon va effectuer ces forages se situent juste à côté, en le chevauchant même parfois, du Parc national de l'Arctique russe, un espace naturel vital pour, entre autres, des populations d'ours polaires, de morses et de mouettes blanches. La mer de Kara est recouverte par une banquise épaisse de 1 à 16 mètres pendant 270 à 300 jours par an. Les températures minimales en hiver descendent jusqu'à -46° et les eaux peuvent atteindre 350 mètres de profondeur. Les conditions climatiques qui règnent au pôle Nord sont en outre, la plupart du temps, extrêmes. En d'autres termes, les problèmes y sont inévitables.

On peut donc dire que la compagnie, si elle n'a toujours pas payé pour tous les dégâts causés par sa catastrophe d'il y a 25 ans, part maintenant à la recherche du désastre suivant. C’est, pour moi, une honte. Il est grand temps de mettre un terme à cette absurdité. Participez via www.savethearctic.org