Ce que j’aime aussi dans mon job, c’est qu’il m’offre, de temps en temps, d’excellentes nouvelles. Apprendre que Shell ne forerait pas en Alaska cette année en est évidemment une et a suffi pour illuminer ma journée.

Aucune autorisation

Shell a en effet été contraint de tirer ses propres conclusions après qu’un tribunal américain ait jugé que les autorités n’auraient jamais dû donner à l’entreprise le permis nécessaire pour forer dans cette région fragile. Le poids de cette décision ne peut certainement pas être surestimé. Dès qu’il s’agit d’évoquer l’exploitation du pétrole dans la rude et sensible région du pôle nord, l’ensemble du secteur pétrolier se tourne vers Shell. Car cette compagnie a investi, ces dernières années, pas moins de 5 milliards de dollars dans l’acquisition de licences et dans l’exploration pétrolière en Alaska. Ce qui n’est pas rien, même pour l’entreprise pétrolière la plus riche du monde.

Le nouveau CEO choisit maintenant de faire table rase. Du moins en apparence. Récemment, Shell a été contraint de tirer la sonnette d’alarme au niveau financier. Elle a dû revendre des actifs, réduire les coûts et payer des dividendes plus élevés. Il est évident que la grogne s’est vite installée du côté des actionnaires de Shell. Apprendre par ailleurs que les onéreuses activités de Shell en Alaska, qui n’ont rien rapporté l’année dernière, sont suspendues signifie dès lors beaucoup. Et donne de l’espoir. Cela annonce-t-il un changement de politique pour Shell, avec un retrait définitif de la région du Pôle Nord ? Nous ne pourrons le déterminer qu’au cours des prochaines années. Le nouveau CEO de Shell a en tout cas déjà affirmé que l’incertitude (qu’elle soit juridique ou plutôt dangereuse pour sa réputation) liée aux opérations de forage pétrolier en Alaska constituait un risque trop élevé pour sa compagnie.

La décision de Shell fera certainement réfléchir d’autres entreprises ayant certaines ambitions arctiques. Je n’ai d’ailleurs pas oublié qu’en 2013, après que Shell ait annoncé vouloir se retirer de l’Alaska, d’autres compagnies pétrolières comme Statoil et ConocoPhillips lui ont emboîté le pas.

D’autres plans

Il y a tout de même un grand « mais ». Shell a en effet conclu un accord l’an dernier avec Gazprom. Celle-ci est leader du forage pétrolier et mène actuellement des opérations de forage en Arctique russe sur la plateforme Prirazlomnaya. Une plateforme sur laquelle les « 30 de l’Arctique » avaient mené une action en septembre 2013. Gazprom n’est ni plus ni moins qu’une entreprise au bilan environnemental catastrophique en Russie. Et désormais, elle concentre toute son attention sur la recherche d’énergies fossiles en Arctique russe, aux côtés de Shell.

Demandez à M. van Beurden, le nouveau patron de Shell, de définitivement laisser la région du Pôle Nord en paix et d’annuler son accord avec Gazprom.