Notre militant Joeri Thijs est en expédition au pôle Nord avec l’actrice et présentatrice flamande Francesca Vanthielen.

Ça y est : nous avons levé l'ancre et quitté Longyearbyen, une localité sur l'archipel du Svalbard, dans l'extrême Nord de la Norvège, à quelque 1300 kilomètres du pôle Nord. Pour moi, c'est un rêve d'enfance qui se réalise. Une autre Belge m'accompagne durant ce périple : Francesca Vanthielen, actrice et présentatrice flamande.

Dessin de Joeri, alors âgé de 12 ans.

Juste avant d’embarquer, j'ai vu tout à fait par hasard un panneau publicitaire :  « Where can I take the next step in Norway's global oil and gas succes story? ». Le ton est donné, il n’y a pas de doutes, les tentacules de l’industrie du pétrole norvégienne s’étendent jusqu’ici… 

Hier, l'industrie du pétrole a également fait parler d'elle à Bruxelles. Robert J. Blaauw, qui dirige le programme de Shell pour l'Alaska, a pris la parole à l'occasion d'une conférence sur le futur du pôle Nord. Je me demande en quels termes il a évoqué les projets de forage de sa compagnie en Alaska alors que ses premières tentatives se sont soldées par un échec cuisant. Bien sûr, Greenpeace était de la partie. C'est bizarre : alors que les militants à Bruxelles protestent contre Shell et ses projets en Arctique, je suis ici, dans le Grand Nord, pour témoigner de la situation sur le terrain.

Shell fait tout ce qui est en son pouvoir pour convaincre ses actionnaires et les politiciens que ses projets de forage pétrolier dans cette région glaciale et difficile d'accès sont sûrs. D'ailleurs, pour ce qui est de la météo, les gens de Longyearbyen sont plutôt pragmatiques : le mauvais temps ? Ça n'existe pas. Ce qui existe, ce sont les vêtements inadaptés !

Joeri Thijs

Retour à Bruxelles. Nos militants ont veillé à ce que les participants à la conférence ne reçoivent pas uniquement le message de Shell mais aussi, les faits tels qu'ils sont dans la réalité. A savoir : il y a 20% de chance qu'une marée noire se produise pendant toute la durée de l'exploitation d'un bloc de concession dans les eaux proches de l'Alaska (source : U.S Minerals Management Service) ; et en cas de fuite importante, il n'existe aucune méthode efficace permettant de nettoyer le pétrole. En effet, les techniques classiques de récupération sont très limitées en raison des conditions météo extrêmes dans la région.

Mais ces faits-là, Shell a probablement « omis » d'en parler lors de la conférence sur le devenir de l'Arctique. Elle-même pourtant a postposé d'un an ses forages pétroliers en Arctique, notamment pour des raisons de sécurité. Il faut dire que 2012 doit ressembler à un cauchemar pour cette multinationale : problèmes d'autorisations ; une de ses plate-formes partie à la dérive au large des côtes de l'Alaska, manquant de s'y échouer... Shell n'a pas eu d'autre choix que de renoncer à ses projets.

Une petite anecdote : saviez-vous que déjà dans les années 1600, on a assisté à une ruée vers l'Arctique, plus spécifiquement autour de l'archipel de Svalbard ? Si ce n'est qu'à l'époque, on convoitait l'huile de baleine. La graisse de baleine servait notamment à la fabrication de savon en Europe. C'est ainsi que de grosses flottes européennes sont arrivées jusqu'ici pour chasser la baleine. Jusqu'au moment où il n'y avait pour ainsi dire plus de baleines à perte de vue, tant le massacre avait été important... La course actuelle risque d'avoir des conséquences plus graves encore.

Notre périple à bord de l'Arctic Sunrise vient tout juste de commencer. Mais ce que j'ai déjà vu renforce ma conviction : cette région intacte mérite le statut de réserve protégée et ne doit en aucun cas subir de bouleversements provoqués par l'industrie pétrolière et son appât du gain.

Lisez aussi les blogs de Francesca Vanthielen. Blog 1 et 2.