Dans une semaine, les climatologues les plus éminents au monde publieront leur dernière évaluation des dangers dus au changement climatique et nous exposeront les dégâts déjà provoqués par l'utilisation des énergies fossiles sur notre planète.

Cette évaluation évaluera également les impacts climatiques auxquels les enfants nés aujourd'hui risquent d’être confrontés, en fonction des choix que nous opérerons maintenant et dans le futur proche. Notre pays n'y échappera pas non plus. Il ressort en effet d'une version encore non-officielle que s'est procurée le journal « De Morgen » que la Belgique devra faire face d'ici la fin de ce siècle à de graves inondations et à des coûts astronomiques en raison de la hausse du niveau de la mer. Dans l'Union européenne, les coûts directs associés à la hausse du niveau des mers d'ici la fin du siècle s'élèveront à 17 milliards d'euros par an si aucune mesure n'est prise pour contenir ce phénomène. La note la plus salée sera pour la Belgique, avec les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, la France et le Danemark. Outre un prix élevé à payer pour la hausse du niveau de la mer, la Belgique doit aussi se préparer, selon le groupe d'experts climatiques des Nations Unies, à une «sérieuse diminution des ressources aquifères».

Si vous ne pouvez pas attendre, regardez la vidéo ci-dessous de la Banque mondiale. Elle résume en deux minutes ce que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) détaillera en plus de 2.000 pages après la finalisation de son étude cette semaine au Japon.

Le rapport fait suite à une nouvelle vague d'événements climatiques extrêmes aux quatre coins du monde, des canicules suffocantes en Australie au froid polaire en Amérique du Nord, en passant par les inondations au Royaume-Uni et le super typhon dévastateur Haiyan aux Philippines. Des millions de victimes ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance, sans compter les nombreux morts.

Ces événements ne sont pas des faits isolés

L'année dernière, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a conclu que le monde a connu des épisodes climatiques extrêmes sans précédent au cours de la décennie 2001-2010, qui a été la plus chaude depuis le début des mesures modernes en 1850 et a été surnommée la décennie des extrêmes climatiques.

Le changement climatique est-il en train de s'emballer ?

La première partie du cinquième rapport d'évaluation du GIEC, publiée en septembre dernier, expliquait que la pollution par nos gaz à effet de serre a déjà entraîné le réchauffement de l'atmosphère et des océans, la fonte des glaciers, la hausse du niveau des mers, l'altération des cycles de l'eau et l'aggravation de certains phénomènes climatiques extrêmes.

On observe également des signaux alarmants indiquant une accélération des impacts. Entre 2002 et 2011, le volume de la calotte glaciaire du Groenland a diminué en moyenne six fois plus vite que durant la décennie précédente. De la même manière, les glaces de l'Antarctique ont fondu cinq fois plus vite.

Depuis 1993, le niveau des mers a augmenté deux fois plus vite en moyenne qu'au cours du siècle précédent, et la superficie de la banquise de l'Arctique a diminué considérablement plus vite que prévu.

Avons-nous réellement encore besoin d'un autre avertissement ? Est-ce que cela va changer quelque chose ?

Eh bien, il vaudrait mieux, car cette fois le prochain rapport du GIEC insiste sur la dimension du choix. Soit nous réduisons et gérons les risques à venir en faisant le nécessaire pour confiner le réchauffement le plus loin possible sous la barre des 2 degrés Celsius, soit nous continuons à agir trop faiblement et trop tard, accumulant les crises jusqu'à arriver à un monde catastrophique plus chaud de 4 degrés. Le GIEC décrit ces deux avenirs possibles.

Nous sommes aujourd'hui dans une situation où les gouvernements ont promis de limiter le réchauffement climatique sous les 2 degrés Celsius tout en se dirigeant droit vers un monde plus chaud de 4 degrés. Ils ne se préparent ni pour un réchauffement de 2 degrés ni pour une hausse de 4 degrés, mais essaient plutôt d'ignorer la tendance évidente du changement climatique.

Ils ne peuvent toutefois pas l'ignorer. C'est ce que le ministre britannique de l'environnement Owen Paterson, un négationniste du réchauffement climatique, a récemment dû apprendre au milieu des ravages causés par les inondations au Royaume-Uni.

Tout le monde n'adopte pas la politique de l'autruche pour autant. Des millions de personnes dans le monde entier affrontent déjà la réalité du changement climatique et y réagissent. Elles se préparent pour un monde libéré des énergies fossiles et font déjà bouger les choses.

Les centrales au charbon sont fermées et des systèmes d'énergie renouvelable autocontrôlés sont installés. Le mouvement de désinvestissement dans les énergies fossiles gagne rapidement du terrain et les gens se manifestent par millions pour protéger nos forêts, l'Arctique et d'autres trésors menacés par le changement climatique.

Nous pouvons encore éviter un changement climatique catastrophique, mais nous devons aller de l'avant.

Des experts de Greenpeace assisteront à la réunion du GIEC à Yokohama en tant qu'observateurs et seront disponibles pour des analyses et des commentaires.

Kaisa Kosonen est conseiller politique de la campagne Climat/Energie à Greenpeace International.