Quelques jours ont passé depuis mon arrivée à Usinsk. Ce matin, avec les autres membres du camp de Greenpeace, j'ai tenté de nettoyer une zone de la région impactée par une fuite de pétrole. Une zone relativement peu étendue si je la compare avec d’autres endroits mais le but, pour le moment, n’est pas de tout nettoyer nous-mêmes. Nous voulons attirer l’attention des autorités et entamer un dialogue.

"Best wishes from Russia"

Comme je l'écrivais dans mon précédent billet, Greenpeace est active dans cette région du nord de la Russie depuis plusieurs décennies. Et le projet qui m'occupe s’inscrit dans le cadre d'une campagne destinée à sensibiliser les autorités russes aux problèmes des fuites de pétrole qui touchent l'ensemble du pays. Nous espérons qu’après cette activité, un dialogue sera possible car à notre arrivée, la situation était assez tendue.

Une table ronde cette semaine

Cette semaine, une table ronde est prévue avec certains membres du gouvernement, notre partenaire local "Save the Pechora Committee" et  quelques représentants de la région du Khanty-Mansi (en Sibérie). ONG née en 1989, "Save the Pechora Committee" rassemble des populations indigènes de la région et lutte pour la protection de leur environnement.
Une des  principales ressources de la population locale était, et reste à certains endroits (mais pas où je suis en ce moment), la pêche, l’élevage de rennes et la chasse.

Malheureusement pour eux, la république des Komis est une région riche en pétrole et en gaz. L’arrivée des entreprises dans la région a provoqué un désastre à la fois économique, social et environnemental. C'est là que "Save the Pechora Committee" intervient, pour identifier de nouvelles zones contaminées par du pétrole, sensibiliser et mobiliser la population locale mais aussi nettoyer, comme ils le peuvent et parfois au détriment de leur santé, les endroits pollués par ces entreprises.

Une étude au résultat décevant

Grâce au soutien de Greenpeace, cette ONG locale ose désormais se montrer plus critique, n'hésitant pas non plus à marquer fermement son opposition. C'est d'ailleurs "Save the Pechora Committe" qui présentera, durant la table ronde prévue cette semaine, le résultat décevant d'une enquête récemment menée sur les avantages de la présence des entreprises pétrolières pour la population locale.

Nous attendons du gouvernement une révision des nombreuses failles légales portant sur la protection de l’environnement et une prise de mesures quant à la responsabilité des entreprises pétrolières établies dans la région. Nous voulons aussi développer de nouvelles collaborations et souhaitons que le Ministre des Ressources Naturelles et de la protection de l’environnement, Sergueï Donskoï, réagisse. Soyons optimiste, ce dernier a enfin reconnu qu’il y avait un problème dans la région !

Autre point positif : nous avons reçu les pompes et le matériel destinés à récupérer la partie "liquide" de la zone contaminée. Une grande partie du pétrole mélangé à de l’eau doit être récupéré avant de commencer à nettoyer. Cette eau doit être ensuite récupérée par une entreprise spécialisée. Mais notre travail est constamment ralenti par la pression qu'exerce la principale compagnie pétrolière de la région. Je ne me décourage pas mais j’avoue que cette petite étendue de pétrole me donne l’impression d’avoir une montagne à escalader.

Certaines fuites de plusieurs kilomètres

D'autant qu'un simple nettoyage ne suffira pas à toucher les autorités. Il convient de multiplier les preuves et de quantifier au maximum l’étendue des dégâts. C'est pourquoi nous nous répartissons les tâches : un groupe se charge du nettoyage tandis qu'un autre s’occupe de repérer et de cartographier de nouvelles zones contaminées par des fuites de pétrole. Pour commencer, nous observons la région sur base de photos satellites et ensuite, nous allons sur le terrain pour procéder aux vérifications d'usage. Une méthode qui porte ses fruits : nous avons malheureusement repéré un très grand nombre de fuites, certaines couvrant un espace de plusieurs kilomètres par endroits !

Allez, je m'y remets. Merci d'avoir lu ces quelques lignes et à bientôt !