La vie est bizarre, si nous avions parlé hier, je vous aurais sans doute lancé une phrase un peu cynique et désabusée sur l’incapacité ce «grand bazar onusien» à résoudre la crise climatique. Et puis, il y a eu cette dernière soirée que personne n’attendait plus et qui s'est soldée par un texte qui permet de poursuivre la route vers un accord pour le climat.

Comme sorti de nulle part et après deux semaines d’avancées engrangées à un train de sénateur, les Nations-unies nous ont gratifiés d’un petit moment de coordination mondiale (pour ne pas dire de démocratie) qui nous conforte dans l’idée que oui, on peut ralentir cette folle machine climatique et que oui, ce processus – sous certaines conditions particulières – permettra d'y arriver.

Cette conférence de Cancun était le test ultime. Un échec aurait sérieusement remis en cause, l’ensemble du processus de la conférence sur les changements climatiques (CNUCC). Or, malgré les critiques, il n’existe pas d’autre alternative que ce passage par les Nations-unies. C'est le seul endroit où toutes les parties – riches ou pauvres – premières victimes ou gros émetteurs de CO2 – se trouvent réunies.

Changer nos habitudes

Réfrénons tout de suite notre joie et restons réalistes. Si le processus est momentanément sauvé, la crise climatique est très loin d’être solutionnée. Les textes qui ont été acceptés à Cancun sont faibles sur beaucoup de points. Tout d’abord, si le protocole de Kyoto n’est pas mort, il respire difficilement et les objectifs de réduction sont toujours ceux de Copenhague. Ce qui signifie qu'ils nous mènent droit à une augmentation globale de la température de 3 degrés au minimum, ce qui est beaucoup trop. D’autre part, on se demande toujours d’où va venir l’argent. Or sans argent et sans objectif de réduction ambitieux et contraignant, autant dire que tout reste à faire…

Nous savons que l'ampleur du défi climatique dépasse l’entendement. Pour le relever, il faudra plus que des déclarations politiques mais bien des engagements clairs qui impliqueront des modifications fondamentales dans la manière dont nous vivons aujourd’hui.

C’est donc une révolution énergétique mais aussi culturelle qui sera sans doute nécessaire et à laquelle nous aspirons. Le pas accompli aujourd’hui à Cancun a le mérite de nous emmener dans une bonne direction, mais la route à parcourir est encore longue.