« A quoi servent ces conférences sur le climat ? » C’est la question que nous nous posions, Frank et moi, dans le train qui nous a emmenés à Varsovie. Depuis, une bonne semaine s’est écoulée et nous nous sommes pris quelques douches froides qui ne vont pas nous aider à répondre à notre question. Comment en est-on arrivé là ? Compte-rendu de la première semaine de conférence.

Dans le train qui nous emmenait à Varsovie, la semaine dernière, on regardait, Frank et moi, défiler la plaine polonaise. Frank suit le processus Onusien qui doit déboucher sur un accord sur le climat depuis 6 ans alors qu’à titre personnel, je suis le dossier depuis 4 ans. La Pologne entre Cracovie et Varsovie ressemble une peu à la Flandre entre Bruges et Gand. Des horizons de brumes avec des grands arbres un peu perdus. Un paysage qui incite à se poser de grandes questions…

Le climat s'invite à la conférence... sur le climat

Lundi, le centre de conférence bruisse de nouvelles provenant des Philippines. Alors que les médias se veulent rassurants, (1000 morts... seulement!) mon collègue philippin est catastrophé. Jasper vient de la région la plus durement touchée par le cyclone. Il a reçu des bonnes nouvelles de sa famille mais en attend encore de ses amis. De temps en temps, alors qu'on est ensemble dans une de ces réunions où tout le monde a le nez penché sur son téléphone ou son ordinateur, il laisse échapper un « yes »  tonitruant. Puis il nous explique : « Mon ami a été vu passant derrière un journaliste qui faisait un reportage à la télé... Il est en vie ! » Ce cyclone ramène tout d'un coup la réalité des changements climatiques au cœur de cette conférence parfois désespérément déshumanisée.

Le discours du représentant philippin Yeb Sano, dans la grande salle qui accueille la conférence plénière, vient synthétiser ce ressenti un peu plus tard dans la journée. Alors que son pays a été touché par ce qui est sans doute la plus grosse tempête jamais enregistrée, ces mots sonnent justes : « To anyone who continues to deny the reality that is climate change, I dare you to get off your ivory tower and away from the comfort of you armchair. » (« A tous ceux qui continuent de nier le changement climatique, je les mets au défi de quitter leur tour d’ivoire et leur siège confortable pour faire face à la réalité. »)

Un instant, on voudrait croire que cette gifle va enfin sortir les pays développés de leur léthargie. On se prend à rêver que le délégué US se lève et dise : « OK, ça va être dur mais on est prêt à revoir notre modèle de développement basé sur la combustion des énergies fossiles » avant d’être rejoint par les Européens.

Mardi, mercredi et jeudi, alors que le décompte des morts philippins explosait, la réalité du cynisme mondial a vite refroidi ces espoirs.

Un espoir tué dans l'œuf par le Japon et l'Australie

Car dès mardi, c'est un autre bruit qui a animé les couloirs. Le Japon devrait annoncer dans les prochains jours son nouvel objectif de réduction des émissions à l'horizon 2020. Et cet objectif n’est pas à la hausse ! Alors qu'il s'était engagé à réduire ses émissions de 25%, le Japon devrait annoncer que finalement, son nouvel objectif est... de les augmenter de 3% !

Dans un même temps, les nouvelles provenant d'un autre pays immensément riche, l'Australie, sont catastrophiques. Des images circulent sur le net : on y voit une espèce de cow-boy montrant ses muscles et prononcer un discours viril dans une enceinte du parlement australien. Ce cow-boy est le nouveau premier ministre du pays. Et ces mots sont clairs : l'Australie annonce qu'elle supprime son projet de taxe sur le carbone et met fin à son soutien au développement des énergies renouvelables. Bref, il supprime les principales mesures climatiques prises précédemment par le pays !

Et maintenant ?

Hier, j'ai pu constater l'effet de ce double coup de massue en discutant avec un membre de la délégation belge. Lui, comme pas mal de monde dans ce stade de Varsovie où nous nous réunissons sont, je crois, motivés pour faire avancer les débats vers une plus grande coordination de l'effort entre les grandes puissances et pour faire face à ce qui est certainement l’une des plus grandes menaces à laquelle l'être humain doit faire face aujourd'hui. Mais cette annonce, venant de deux des plus gros émetteurs de CO2 de la planète, est un doigt d'honneur magistral à ceux qui luttent pour que le typhon Haiyan ne devienne pas la norme.

Vendredi matin, on avait donc tous un peu la gueule de bois... J'ai toujours essayé de rester positif et confiant, et pas de doute que la confiance reviendra. Elle est nécessaire. Car je suis intimement persuadé que la résolution de la crise climatique DOIT passer par un traité sur le climat qui coordonne l'effort international. Autour de moi, alors que j'écris ces mots, je vois mes collègues de Greenpeace totalement impliqués pour que cela arrive. Ailleurs, dans cet énorme stade, d'autres bonnes volontés sont aussi là. Elles n'attendent qu’à se réveiller.

C'est de la part du « vrai monde » que sera donnée la gifle à tous les gouvernements japonais, australien, européens ou autres qui, au nom d’intérêts à court terme, sont prêts à nous précipiter vers un abime climatique : des coopératives qui développent des renouvelables, de ceux qui laissent leur voiture au garage, qui se mobilisent, de ceux qui étaient dans le train en direction de Varsovie pour prendre part à la manifestation de samedi, de ceux qui font pression sur tous les partis politiques pour qu'ils mettent en place la politique climatique de notre pays et de VOUS bien sûr, citoyens belges.