Notre collègue Estelle De Plaen est en Russie, en République des Komis, où elle participe à une vaste opération de nettoyage de zones infectées par le pétrole. Arrivée lundi à Usinsk, où est basé le camp de Greenpeace, elle nous donne ses premières impressions et nous en dit plus sur ce travail, qui l’occupera durant deux semaines.

A Greenpeace action coordinator Estelle De Plaen from Belgium poses for a picture in an oil camp outside Usinsk in Comi republic of Russia, 12 August 2014. An international group of Greenpeace experts and volunteers together with partner organization Save the Pechora Committee will patrol the region of Komi Republic (Russia) to find and map numerous oil spills, clean up an oil-contaminated area, and collect case studies and experiences from the local population, bearing witness to the huge scale of the problem. Josef Kogotko from Russia poses for a picture in oil camp in the village of Parma, some 10 kms away form Usinsk in Comi republic of Russia, 08 August 2014. An international group of Greenpeace experts and volunteers together with partner organization Save the Pechora Committee will patrol the region of Komi Republic (Russia) to find and map numerous oil spills, clean up an oil-contaminated area, and collect case studies and experiences from the local population, bearing witness to the huge scale of the problem.Mardi, 9h30. Le camp de Greenpeace à Usinsk baigne dans le calme. Je savoure, car je sais que j’ai une chance incroyable d’être ici. Voilà déjà deux ans et demi que je travaille pour Greenpeace. Mais dans le nord de la Russie, juste en-dessous du cercle polaire Arctique, je découvre une autre facette du travail de terrain.

En arrivant lundi, c’est d’abord la pauvreté qui m’a marquée. Si Usinsk est une ville dont le cœur bat essentiellement pour le pétrole, je n’ai pas l’impression que les compagnies locales aident énormément la population… Une population mélangeant Russes et Komis, l’un des principaux groupes ethniques de la région. Avec l’arrivée de l’industrie pétrolière, ces derniers ont dû changer leur mode de vie. Pas la peine, donc, de chercher des chasseurs de rennes ou des agriculteurs dans le coin. L’état de la région ne permet de toute façon plus vraiment ce genre d’activités.

Des fuites considérables

Mais revenons-en à l’objectif de mon voyage. Si je suis ici, c’est pour contribuer à la réussite d’un « camp de nettoyage » de fuites pétrolières, organisé par mes collègues russes. Une problématique, provoquée par les industries de la région, que Greenpeace Russie étudie depuis une dizaine d’années maintenant. Et je ne parle pas de « petites » fuites ! Celles-ci s’étendent de manière considérable dans la région. Pire : elles impactent le pays tout entier. La région la plus meurtrie se situe plus à l’est, en Sibérie, dans le Khanty-Mansi. Mais malheureusement, nous ne pouvons pas y accéder pour le moment, raisons de sécurité obligent.

A Usinsk, nous bénéficions d’un partenariat local qui favorise une meilleure approche des autorités et de la problématique environnementale. Dans le Khanty-Mansi par contre, c’est encore loin d’être le cas mais nous espérons faire bouger les choses. L’étendue du problème est telle qu’on estime la quantité des pertes à environ 30 millions de barils de pétrole par an pour toute la Russie ! Toutes les compagnies pétrolières ont leur part de responsabilité dans cette catastrophe. Dans la région d’Usinsk, Lukoil est l’entreprise pétrolière principale mais elle n’est pas seule.

C’est pour ça que je suis là : pour nettoyer une zone contaminée par le pétrole. Nous sommes loin des habituelles actions spectaculaires qui font la notoriété de Greenpeace. Je n’évoquerai donc pas, dès que j’aurai l’occasion de vous en dire plus sur mon expérience, d’actions folles sur un bateau ou au sommet d’un immeuble gigantesque. Désolée pour les amateurs du genre !

Le camp surveillé, des bâtons dans les roues…

Notre boulot ne déchaînera sans doute pas non plus les passions dans les médias. Mais là n’est pas le but, nous devons être prudents. Car une confrontation risquerait de détruire le lien noué avec les populations locales et notre travail ne serait alors plus pris en compte. Sans oublier que nous sommes engagés dans un processus qui demande beaucoup de patience et de persévérance, afin de changer la loi et le comportement d’entreprises qui ont tout à dire et tous les pouvoirs. Il est donc primordial, pour nous, d’ouvrir puis d’entretenir le dialogue avec les autorités et les compagnies pétrolières.

Ce qui ne signifie pas que le nettoyage de zones polluées est sans risque. D’ailleurs, en ce moment, le camp de Greenpeace est surveillé et notre responsable de campagne local a dû négocier toute la journée d’hier pour qu’on puisse commencer à travailler. Une des entreprises pétrolières du coin voulait nous voir partir. Et c’est cette même compagnie qui nous a empêchés, les premiers jours, d’obtenir les pompes nécessaires au nettoyage. Nous les avons finalement obtenues par après. Notre tâche n'est pas aisée mais comme tous les membres du camp - composé d’environ 40 experts et bénévoles originaires de 14 pays différents -, je reste motivée et déterminée. Nous sommes tous prêts à nous y mettre à fond, même si ce n’est pas gagné d’avance.

Lisez aussi mes blogs du 19 août, du 22 août et du 27 août.