17h à Usinsk, une nouvelle journée de nettoyage vient de se terminer ! L’heure de se replonger dans mon carnet de voyage, en attendant le repas. La fin de mon séjour est proche, j’aimerais donc vous en dire un peu plus sur le camp de Greenpeace et l’organisation de nos journées.

Ici, les soirées sont chaque fois différentes. Dimanche soir, par exemple, nous avons fait une petite fête pour l’anniversaire de notre responsable de campagne tandis que ce soir, le calme règnera peut-être. Nous nous limiterons à quelques discussions avant d’aller retrouver nos tentes et sacs de couchage. Parfois, nous inventons des jeux et autres animations. Je dois dire que dans le camp de Greenpeace, le groupe est plutôt créatif pour ce genre de choses, c’est vraiment agréable. On ne sait jamais quelle nouvelle activité va être inventée !

Chacun à son rythme

Et nos journées ? Nous partons tôt le matin, pas au lever du soleil car celui-ci se lève entre 3h et 4h du matin. Certains alternent leur travail entre une journée de nettoyage et une journée de recherche de nouvelles zones de fuites mais en ce qui me concerne, ce n’est pas vraiment le cas. Je travaille essentiellement sur la zone à nettoyer. Chaque équipe a trouvé, au fur et à mesure, son rythme de travail. Deux « shift » sont quotidiennement organisés, un groupe partant tôt le matin, l’autre partant plus tard dans la matinée.

Le site de nettoyage se trouve à une heure de voiture du camp. Pour des raisons de sécurité, on ne peut pas prendre le risque de s’y rendre à vélo, le trafic étant dense et très dangereux. Les transports en commun ? N’y pensez pas ! Les trajets (aller et/ou retour) sont souvent mis à profit pour dormir profondément. Car le rythme des journées est intense. En plus du travail assez physique, l’odeur désagréable du pétrole a tendance à nous fatiguer plus vite. Et n’oublions pas non plus l’énorme présence de ces petites mouches noires, de taons et de moustiques qui nous piquent sans cesse.

Je suis d’ailleurs assez impressionnée de voir que ces insectes supportent une atmosphère aussi « polluée » que celle qu’on rencontre ici. Malheureusement, le camp est tout aussi infecté par leur présence. Nos jambes et nos bras rouges en sont les premiers témoins ! Nous sommes d’ailleurs obligés de travailler avec une sorte de filet sur la tête pour nous protéger et éviter de se gratter le visage une fois que nos mains (protégée par des gants bien entendu !) sont pleines de pétrole.

Trop de retard mais on ne se relâche pas

Mais revenons-en à ma mission, à notre mission. Depuis quelques jours, nous bénéficions donc enfin du matériel nécessaire pour faire un meilleur travail. Ce n’est pas idéal mais au moins, nous avançons un peu mieux. Nous savons tous que nous n’arriverons pas au bout, nous avons accumulé trop de retard. Mais l’objectif reste  que l’entreprise responsable de cette fuite termine le travail (on croise les doigts !).

Aujourd’hui, nous avons rempli deux camions de 10m³ et deux « piscines » d’environ 10 m³ d’un mélange d’eau et de pétrole. Quantité qu’on récolte à peu près chaque fois que les camions viennent, sans oublier tous les sacs de sables contaminés qui s’accumulent encore et encore. Les camions chargés de vider les piscines et d’aider à absorber la partie plus « liquide » (mélange d’eau et de pétrole) ont commencé à arriver tard et ne venaient pas toujours à l’heure mais, depuis quelques jours, il semble que la tension soit tombée. Les ouvriers chargés de venir avec les véhicules ont l’air content de nous voir tous les jours et prennent même plaisir à discuter avec nous.

Quelques chiffres

C’est en tout cas fou de constater le travail qui a déjà été abattu… et tout celui qui reste à accomplir ! En une semaine, l’équipe chargée de repérer les zones de fuites a en effet comptabilisé un total de 125 fuites de pétrole dans la région. Certaines recouvrant des étendues de plusieurs kilomètres comme je l’ai déjà dit précédemment et de plusieurs centaines de mètres de largeur. De notre côté, soit l’équipe qui nettoie, nous avons récolté plus de 50 tonnes de pétrole en une semaine… mais sommes malheureusement très loin d’arriver à la moitié du travail.

Certains volontaires se sentent parfois découragés, il faut essayer de leur remonter le moral tant bien que mal pour continuer à avancer. Ce n’est pas toujours facile mais certaines activités ont le don de « rebooster » tout le monde. Dimanche par exemple, nous avons fait une pause et sommes partis pique-niquer le long du fleuve Pechora. Profiter enfin d’un paysage merveilleux réchauffe le cœur et nous rappelle les raisons de notre travail ici. Même si nous ne pourrons le terminer nous-mêmes, une chose est sûre : cela en vaut la peine, je ne regrette pas d’être là.

Plus que quelques jours avant que je quitte les lieux, le temps passe vite. A bientôt pour la suite… et fin de mon récit russe !

Lisez aussi mon blog du 19 août et celui du 13 août.