Du 26 novembre au 7 décembre, tous les regards préoccupés par le climat se tourneront vers Doha. Or, tout indique que si le feu brûle dans la maison climat, les pompiers tarderont une fois de plus à arriver…  Etat des lieux avant ce nouveau round de négociations.

Une odeur de fumée

La menace climatique se précise... Citons à ce propos le dernier rapport du GIEC, ce groupe international d’experts qui planchent sur le climat. Leur dernier opus établit un lien clair entre la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes (tornades, sécheresses) et les changements climatiques induits par l’homme. Ainsi, la tempête tropicale Sandy qui a frappé New York (pas vraiment les tropiques donc) n’aura bientôt plus rien d’exceptionnel.

PricewaterhouseCoopers, des spécialistes de l’audit que l’on peut difficilement taxer d’intégristes verts,  ont affirmé qu’il était déjà trop tard pour limiter l’augmentation des températures planétaires à + 2°C et qu'on se dirigeait plutôt vers +5°C.

Comment éteindre le feu ?

C’est clair, il va falloir changer nos comportements individuels et coordonner nos efforts avec ceux de nos voisins. Et c'est là une des raisons d'être des négociations annuelles sur le climat. Tous étaient à Copenhague, puis à Cancun, Durban et les voilà à Doha ! Point commun ? Tous sont émetteurs de CO2 : gros émetteurs historiques pour certains (Union européenne, Etats-Unis…), émetteurs émergents (Chine, Inde) pour d’autres. Ils sont rejoints à la table des négociations par les principales victimes : des pays provenant de zones désertiques ou facilement inondables (les pays du Sahel, les Maldives) ou tout simplement trop pauvres pour faire face à la menace climatique comme de nombreux pays africains.

Tous devraient poursuivre un objectif commun : limiter l’augmentation des températures planétaires à +2°C. Cet objectif est loin d’être atteint. Le traité contraignant dont on a besoin n’est pas prêt de voir le jour. L’an dernier, les Etats se sont donnés trois années supplémentaires pour le boucler…

De Kyoto 1 à Kyoto 2

A Doha, on devrait d'abord prolonger le seul instrument international sur le climat existant : le fameux protocole de Kyoto qui prend fin au 1er janvier 2013. Le nouveau « Kyoto 2 » ne sera pas la panacée : peu de pays participeront (UE, Norvège, Suisse et depuis peu l’Australie) mais surtout, ils n’iront pas plus loin dans leurs engagements que ce qui est déjà sur la table. Un exemple ? L’UE pourrait se contenter d’annoncer un objectif de réduction de moins 20%... soit celui défini en 2007 ! Autant le dire tout de suite, ce n'est pas à Doha que l’on va sauver le climat.

D'autant plus que ces objectifs insuffisants risquent d'être encore affaiblis par un autre problème à régler : les crédits carbone excédentaires. Autrement dit, chaque Etat reçoit un certain nombre de crédits carbone correspondant à une quantité limitée de CO2 qu'il peut émettre. Or, ces crédits ont été trop généreusement distribués au cours de la période allant jusqu'à 2012. Il en reste une grande quantité, essentiellement entre les mains de pays d'Europe de l'Est et de la Russie. Il est essentiel de les supprimer.

Un Kyoto 2 mieux conçu !

Kyoto 2 est essentiel car il s'agit d'une sorte de laboratoire où sont testés les mécanismes qui seront présents dans le futur traité qui doit être voté en 2015. Il ne doit donc pas contenir les défauts de son prédécesseur et c'est pourquoi une série de corrections s'imposent : ainsi, les Etats qui ne remplissent pas leurs obligations doivent être punis. Au cours de Kyoto 1, le Canada n’a pas rempli ses engagements et s’en est tiré à bon compte… Ce genre d’attitude ne doit pas pouvoir arriver dans le traité futur. 

Préparer le futur traité

On l'a compris, au-delà de Kyoto, tous les regards doivent se tourner vers le futur traité sur le climat de 2015. Il y a du pain sur la planche. Si la fameuse conférence de Copenhague en 2009 qui devait déjà aboutir à un traité a échoué, c'est entre autres parce que le travail de préparation n'avait pas été suffisamment mené. Ne commettons plus la même erreur !
L’attention des négociateurs et des observateurs se portera tout naturellement vers Obama et son homologue chinois, Xi Jinping. Sont-ils prêts à agir pour le climat ? A diminuer suffisamment leurs émissions ? Une petite lueur s’est allumée lorsque le président nouvellement réélu des Etats-Unis a annoncé son intention de s'atteler davantage au « climat » pour son deuxième mandat. Du côté chinois,  développer une économie moins dépendante des énergies fossiles est déjà au cœur du nouveau plan quinquennal…

Mais plus fondamentalement, en lisant l'agenda de Doha, on est abasourdi par le niveau d'abstraction dans lequel les négociations climatiques se sont enfoncées. Rappelons pourquoi ce processus a été créé : pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre au plus vite et coordonner l'effort entre les pays. Il serait temps que les ministres qui se rendent à Doha se rappellent de cette simple vérité.

Lisez les revendications de Greenpeace pour Doha