La plupart du temps, je suis plutôt bon élève en matière d’émissions de CO2: pas de voiture, très peu de viande, de la nourriture locale, et en général, un train de vie pas trop énergivore… Et voilà qu'en quelques heures, j’ai explosé mon empreinte carbone annuelle pour traverser l’Atlantique avec le moyen de transport le plus (et de loin) polluant qui soit!

Ce paradoxe occupe forcément une bonne place dans les conversations que nous avons avec nos autres collègues de Greenpeace. Et pour être honnête, il y a des jours où on se demande si on n'est pas à côté de la plaque…

Il y a forcément un énorme paradoxe dans toutes ces conférences climatiques: je me rappelle notamment du Sommet de la terre à Rio (bien que j’étais encore assez jeune à l’époque) où quelques journalistes s’étaient amusés à compter les voitures d’escorte qui amenaient les chefs d’état jusqu'au centre de conférence...

Délégués en short

Aujourd’hui, il faut bien avouer que  les choses n’ont pas beaucoup évolué de ce point de vue-là. Le Moon palace, énorme Resort où se déroule la conférence, est comme une énorme verrue de béton plantée au bord du golfe du Mexique. Et à part quelques efforts plus symboliques qu’efficaces - le secrétariat de la conférence a officiellement proposé que les délégués viennent en short pour diminuer l’air conditionné...-   la conférence est plutôt un modèle de ce qu’il faudrait éviter pour empêcher les changements climatiques.

En fait, cette conférence est une parfaite illustration des efforts énormes qu’il nous reste à faire pour résoudre le problème climatique. C’est une révolution culturelle autant qu’énergétique qu’il va falloir opérer… Et apparemment, elle n’a encore atteint les portes du Moon palace ! Mais c’est exactement pour ça qu’on est là !  

Tout à l’heure, j’ai discuté avec Fred Amiel qui coordonne le projet Solar Generation en France. Ca fait quelques années que Greenpeace a lancé cette association qui pousse les campus sur la voie du renouvelable. Ils ont décidé avec quelques-uns de venir faire une petite piqûre de renouvelable aux négociateurs de Cancun et d’amener un peu de la révolution énergétique au cœur du Moon palace grâce à leur petite centrale photovoltaïque... Juste histoire de rappeler que les alternatives existent, que la technologie est prête et qu’elle n’attend que la volonté des décideurs… (le solaire pourrait couvrir 5% de notre électricité dès 2020).

C’est pour ça que les ONG sont là. Montrer les alternatives, amener la voix d’une conscience écologique qui grandit petit à petit jusqu’au cœur des négociations et rappeler que derrière ces textes parfois abstraits que les négociateurs discutent, il y a une réalité tangible et un monde qui ne demande qu’à changer !
Je continuerai donc sans doute à me poser des questions sur ce satané avion qui m’a amené ici et qui (si tout  va bien) me ramènera vers l’hiver belge dans deux bonnes semaines. Mais dans quelques années, quand (je veux y croire) un accord climatique coordonnera les actions de tous les pays et aura ralenti le train fou du réchauffement climatique, je sais que je me dirai que ces compromis étaient sans doute nécessaires !