Hier matin, le bureau de Greenpeace Allemagne a reçu une lettre des plus formelles de Shell – plus exactement du service juridique de Shell. Dans les quelque 24 heures qui ont suivi, des lettres identiques sont parvenues aux autres antennes Greenpeace dont celles du Mexique, du Royaume-Uni, de la France, de la Hongrie, de la région nordique, du Japon, de la région méditerranéenne, de la Pologne, de la Grèce, de la République tchèque, de la Belgique, du Canada et même à l’unité scientifique de Greenpeace.

On pouvait donc raisonnablement penser que Shell cherchait à nous dire quelque chose.

Le message du géant pétrolier était en substance : Je sais où vous vivez et j’ai vu où vous dormez. Je jure par tous les saints que vos mères vont pleurer quand elles verront ce que je vous ai fait.

Je paraphrase, bien entendu. Mais il est un fait que Shell tient visiblement à s’assurer que chaque bureau Greenpeace dans le monde a) connaisse l’injonction prise par Shell à l’encontre de Greenpeace USA et b) comprenne que si l’un de ces bureaux ne faisait même que penser se rendre en Alaska afin de protester pacifiquement à proximité de l’un de ses navires de forage, Shell sortirait la grosse artillerie juridique pour la pointer droit sur nous.

En réalité, ils n’avaient pas à se donner tout ce mal. Tous les bureaux Greenpeace connaissent bien l’injonction adressée par Shell à Greenpeace USA – principalement en raison du fait que, dans notre longue histoire de relations plutôt tendues avec les entreprises polluantes, l’injonction de Shell se distingue comme l’une des mesures juridiques les plus draconiennes et radicales jamais prises à l’égard d’un bureau de Greenpeace. Elle rejoint ainsi le bâillonnement des médias sociaux par Cairn ordonné contre Greenpeace Royaume-Uni et Greenpeace International (encore en vigueur aujourd’hui).

L’injonction défend à Greenpeace USA de mener des manifestations pacifiques (légales ou non) à proximité des navires de forage Shell aux États-Unis. Pourquoi ? À en croire son courrier (pdf), Shell ne tient pas à ce que des manifestations viennent menacer « le droit, l’intérêt et les investissements de Shell dans le cadre de l’exploration gazière et pétrolière dans ses concessions aux États-Unis ».

Le comble, c’est que Shell exprime aussi sa préoccupation quant à « la menace que représentent de telles activités [protestations]… pour l’environnement proche », mais ne s’inquiète apparemment pas pour le danger que posent des forages pétroliers au moyen d’équipements obsolètes dans l’une des zones naturelles les plus sensibles de la planète sur le plan écologique.

Tandis que les avocats de Shell s’emploient à étouffer la liberté d’expression et le droit de manifester, les navires du pétrolier s’approchent résolument de l’Arctique. Si Shell parvient à ses fins, ses forages commenceront d’ici quelques mois, transformant les glaces et eaux immaculées de l’Alaska en un chancre industriel.

La bonne nouvelle toutefois, c’est que Shell sent clairement la pression. L’injonction – ainsi que ses actions juridiques préventives exceptionnelles à l’encontre de toute une série d’organisations – semble indiquer que la mobilisation massive de l’opinion publique contre eux ainsi que plusieurs manifestations pacifiques contre leur bateau ont pris le géant pétrolier par surprise et suscitent une certaine nervosité dans ses rangs.

Alors que Shell s’apprête à défigurer irrémédiablement l’Arctique, nous comptons bien maintenir notre action. Greenpeace USA a fait appel de l’injonction et continue à mobiliser les opposants aux projets de Shell. Nous aussi, nous poursuivons le combat pour stopper Shell et sauver l’Arctique. Soutenez-nous – ainsi que les 450.000 personnes qui font campagne pour barrer la route de Shell et sauver l’Arctique.