C'est un début de bérézina pour Asia Pulp and Paper (APP), le géant du papier indonésien. Quelques-uns de ses gros clients lui ont tourné le dos et le vent commence à tourner du côté des investisseurs. Sur les marchés financiers, le plus grand destructeur des forêts indonésiennes pourrait bien perdre du terrain... à force de ne pas être durable dans sa gestion forestière.

Au début des années 2000, l'entreprise avait des dettes jusqu'aux oreilles : 14 milliards de dollars. Cela n'avait pas de quoi rassurer les investisseurs. Après un réajustement de ses dettes en 2009, APP se trouve toujours dans le rouge à concurrence de 4,2 milliards.

Pour certains investisseurs, APP n'est rien moins que leur « pire investissement jamais réalisé ». Un de mes collègues, Calvin Quek, justifie dans un blog récent cette mauvaise réputation et explique pour quelles raisons des grandes banques comme HSBC ont leurs doutes quant à APP.

La publication de notre rapport présentant notre enquête à propos de la présence de ramin sur un des sites d'APP a fait des vagues jusqu'en Norvège. Skagen Funds a sorti de son portefeuille l'usine de Indah Kiat où des traces de cette essence protégée avaient pu être identifiées. APP est devenu un placement toxique... Un mouvement similaire a été observé du côté du fonds de pension norvégien qui avait lui aussi des investissements du côté de ce site.

Évoquer ce fonds ne suffit pas à expliquer l'implication douteuse des Norvégiens dans des entreprises alimentant la déforestation dans différents pays. La Norvège ne semble pas en être à une contradiction près. D'un côté, elle soutient le fonds Climat qui vise à mettre sur pied des structures et des mécanismes de protection des forêts et de l'autre, elle est complice de déforestation notamment via son fonds de pension. En Indonésie - où la Norvège compte parmi les grands bailleurs de fonds – ce pays n'a pas encore pesé de tout son poids pour que les autorités rétablissent l'équilibre entre la destruction forestière et le climat. Comprenne qui pourra !

Sur le marché des investisseurs, nous espérons d'autre part que les Canadiens Mackenzie Financial Investments emboîtent le pas et répondent aux appels du pied de nos collègues de Greenpeace Canada : il est temps de rompre tout lien avec APP.

Pas de doute, la campagne suit son cours...