La semaine dernière, Greenpeace a mis en évidence les pratiques illégales du géant indonésien du papier APP (Asia Pulp & Paper) : des grumes d'un arbre bénéficiant d'une protection internationale ont été localisées sur un terrain de ce destructeur des forêts. Finalité ? Être transformées en pâte à papier. Zul Fahmi, chargé de mission pour Greenpeace Asie du Sud-est blogue sur les derniers développements de la campagne.

Les 24 heures qui ont suivi la révélation des résultats de notre enquête sur  l’exploitation illégale des forêts pratiquée par Asia Pulp and Paper (APP) ont été capitales. Si Greenpeace est généralement associée à des actions directes, c'est une fois encore une vaste enquête sur le terrain qui a permis de rassembler les preuves des crimes environnementaux perpétués.

Notre campagne sur la forêt indonésienne garde le cap et comme APP continue à soutenir qu’elle applique une « tolérance zéro concernant l’exploitation illégale des forêts », nous savions que nous allions devoir aller chercher la vérité où elle se trouve....

Petit rappel pour ceux qui ont manqué le début de l’affaire. Les forêts de Sumatra, habitat naturel du tigre de Sumatra, ont une nature particulière puisque ce sont des tourbières. Elles ont été littérallement ratiboisées. Ces déboisements ont eu majoritairement lieu sur des terrains contrôlés par APP. Dans ces forêts, on trouve également du ramin, un arbre protégé par la loi indonésienne et placé sur la liste de la CITES.

Lors de notre enquête, nous avons rassemblé pas mal de preuves provenant de la plus grande usine de pâte à papier d’APP. Lesréserves d’APP sont remplies de grumes illégales de ramin. Des échantillons ont été prélevés et envoyés à des experts indépendants qui ont confirmé qu’il s’agissait bien de cette essence. Le déroulement de notre enquête a été filmé et divulgué sur Internet. Pourquoi cette transparence ? Personne ne doit ignorer ces faits : APP, ses clients et les autorités indonésiennes.

Quelle a été la réponse d’APP ? L’entreprise a publié un communiqué tard en déclarant qu’elle envoyait sa propre équipe d’experts à l’usine. Mais à ce stade, comment accorder de la crédibilité aux résultats de l’équipe d’APP ? Plus tôt dans la journée, la société avait déjà assuré avoir commandé un rapport indépendant qui n’avait recensé aucune espèce protégée. Le rapport « n’est pas public » et « dans l’immédiat, il n’est pas prévu de publier le nom des auditeurs ». C’est sans surprise qu’APP s’est ensuite remis à réciter son mantra sur l’illégalité « tolérance zéro ».

En réalité, nous avons dépassé le stade de l’auto-réglementation et c’est pourquoi je viens de transmettre les séquences vidéo et les autres preuves de l’enquête à la police indonésienne. Après les avoir reçues, le Deputy Director of Special Crimes (Directeur adjoint aux crimes spéciaux) m’a déclaré que ce cas serait effectivement considéré comme étant le fruit d'une exploitation forestière illégale et que la police agirait de concert avec le ministère des Forêts pour poursuivre l’enquête. Il est essentiel que cette action ait lieu sans tarder. Greenpeace invite la police et le ministère des Forêts à saisir immédiatement tout le ramin présent sur les sites opérationnels d' APP.

Entre-temps, notre enquête fait parler d’elle au-delà des frontières indonésiennes et certaines sociétés commencent à  se distancer d’APP. National Geographic nous a informés qu’il n’utiliserait plus le papier produit par APP. Nous avons discuté avec eux de nos recherches, y compris des preuves les reliant dans le passé, à APP et à la filière des fibres tropicales mélangées. Il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir ensemble et nous avons proposé de nous impliquer dans le renforcement de leur politique d’approvisionnement en fibres, mais nous sommes convaincus que leur engagement de ne pas se fournir auprès d’APP est sincère.

Entre-temps, Danone a déclaré ne plus utiliser de papier APP pour sa marque Nutricia en Indonésie. Un bien beau geste, mais qu’en est-il de ses autres marques ? Jusqu’à présent, Danone n’aborde pas le sujet, nous devons donc continuer à insister auprès d’eux.

La nouvelle rapportée par les médias risque d’être des plus déconcertantes pour APP : même les propres filiales d’APP feraient parler d’elles en demandant de cesser de se fournir chez elles, et Collins Debden Australia aurait déclaré avoir arrêté d’acheter du papier issu des usines indonésiennes.

Pourtant, de nombreuses autres sociétés continuent à utiliser du papier produit par APP : Xerox, Barnes and Noble, Collins Debden UK, Acer, Paragon Publishing, Countdown, Danone et Constable and Robinson n’ont pas clairement manifesté leur volonté de ne plus faire appel à APP.

Aidez-nous dès aujourd’hui à convaincre ces sociétés de ne pas être impliquées au scandale de l’exploitation illégale des forêts d’APP et engagez-vous publiquement à ne plus acheter auprès de cette société.