Il n’y a pas d’endroit plus fébrile que le port de Kinkole, à Kinshasa. Lorsque Greenpeace s’y est rendue, des grumes étaient déchargées depuis le fleuve. Beaucoup de ces grumes non marquées sont exportées illégalement. Le tableau est chaotique et pourtant ordonné et reflète ce qui se passe, en réalité, dans tout le secteur bois au Congo.

Dans notre nouveau rapport Coupez ! L’exploitation forestière illégale en République démocratique du Congo (RDC) – un mauvais scénario, nous décrivons comment des compagnies forestières – parmi lesquelles figurent des grandes multinationales- contournent quotidiennement la loi congolaise sur les forêts. L’impunité est présente à tous les étages et l’on peut dire sans exagération que la lutte du gouvernement congolais contre l’exploitation illégale du bois n’est jusqu’ici pas couronnée de succès…

Visionnez mon reportage vidéo – les intervenants s’expriment en français, je ne parle que le néerlandais !

Il n’est pas difficile de trouver des preuves attestant cette réalité. Des camions charriant des grumes non marquées circulent ouvertement. Quant aux compagnies forestières, elles n’hésitent pas à découper des grumes pour masquer les irrégularités.

Des ports comme Kinkole sont littéralement inondés de ces grumes illégales. Certaines viennent d’être abattues et sentent encore la forêt.

Pour contourner le moratoire sur les coupes forestières, de nombreuses compagnies forestières se retranchent derrière des autorisations de coupe destinées à l’abattage artisanal du bois. Des permis qui devraient être réservés à des exploitations à petite échelle.

Nous nous sommes rendus dans un village pratiquant ce type d’exploitation avec l’accord de la chefferie locale. Le responsable des coupes nous a expliqué que l’abattage visait à alimenter le marché national du bois, pour le logement et la fabrication de meubles. Pratiquée de la sorte, l’exploitation artisanale de la forêt peut apporter du bien-être aux communautés concernées et profiter à l’économie locale.
Malheureusement, trop souvent, des compagnies forestières sont à la recherche d’un profit immédiat et détruisent à tout va. Peu importe les conséquences de leurs activités pour les populations locales ou l’environnement. Dans le second plus grand massif forestier au monde, il y va pourtant de leur survie.

Le ministre provincial de l’Environnement nous a confié vouloir assainir le secteur du bois particulièrement dans la province du Bandundu. Tout indique qu’il n’aura pas la tâche facile. Au cours de notre mission, nous avons pu observer comment des inspecteurs provinciaux en mission sur le terrain se sont fait rembarrés. Ressource Extraction Monitoring (REM) a récemment publié un rapport attestant d’une exploitation forestière illégale menée à grande échelle.

Une amélioration pourrait être attendue en Europe avec le Règlement Bois de l’UE (RBUE), une loi qui est entrée en vigueur le 3 mars dernier. Cela signifie qu’à présent le bois récolté de manière illégale ne peut plus être commercialisé en Europe. Or, à côté du marché chinois, c’est un débouché essentiel pour le bois originaire du Bassin du Congo. Toute personne impliquée dans ce commerce  illégal est à présent passible de sanctions.

Le chaos organisé qui règne dans le secteur du bois en RDC, combiné à l’absence d’un système indépendant permettant de vérifier la légalité rend le respect de la nouvelle législation extrêmement difficile voire impossible pour le secteur européen du bois. 

Greenpeace s’est battue de longue date pour obtenir cette législation. Notre espoir est qu’elle contribuera à réformer un secteur aujourd'hui hors contrôle.

Nous espérons également que le gouvernement congolais profitera de l’occasion pour éviter le pillage des forêts congolaises, sacrifiées en toute illégalité.


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