C'est la troisième fois consécutive que je participe à la Conférence des Nations unies sur le climat. Il y a quelques jours, lors d'une rencontre avec le mouvement environnemental, un journaliste nous a demandé si,  après la débâcle de Copenhague, nous avions encore confiance dans ce « machin » onusien ?

Bruits de couloir

En fait, dans les couloirs, on chuchote que quand il fait moche, on sort un piètre accord et que quand il fait beau, on sort la tête haute ! Jusqu'ici, cela se vérifie. Bali a débouché sur une solide feuille de route, et Cancun (Mexique) – qui s'est tenu l'année dernière - a permis de sauver la mise. Inutile de rappeler le bide de Copenhague... tout le sommet a fait flop !

Ainsi, si l'on peut croire cet adage onusien, Durban sera un bon cru et sera - toujours selon ce dicton - potentiellement meilleur que le sommet de l'an prochain qui se tiendra au cœur de l'hiver coréen... Mais dans le contexte actuel, qu'est-ce qu'un bon accord ? 

Du pain sur la planche

Durban doit nous apporter au minimum une vision pour le futur. En d'autres termes, de quoi nous diriger vers un accord contraignant à l'horizon 2015. Dans la foulée, le protocole de Kyoto (dont la première période d'engagements  s'achève en 2012) doit être prolongé. Il faut par ailleurs également s'accorder sur la future structure du fonds Climat.

Responsable de la campagne “Forêts”, j'ai bien sûr des attentes particulières. Il faut mettre le paquet pour préserver les derniers massifs de forêts tropicales et, à travers les forêts, lutter pour les peuples autochtones, la biodiversité. Mais, tout cela passe par la mise à disposition de suffisamment de fonds pour faire de cette protection des forêts autre chose qu'un vœu pieux ! Un schéma similaire s'applique d'ailleurs à la lutte contre le réchauffement planétaire dans les pays en voie de développement. Sans être à la base des changements climatiques, ils en sont les premières et les principales victimes...

Un rôle sur mesure pour les ONG

Les organisations non gouvernementales ont un rôle clé à jouer dans cette construction. A nous de chercher activement, un peu de jeu dans le système politique pour marquer des points. Pour cela, nous devons analyser soigneusement la situation et formuler des propositions concrètes que nous pouvons présenter aux négociateurs. Et bien sûr, nous mettons la pression en publiant des rapports ou en organisant des activités publiques.
Alors oui, vu ma fonction au sein de la campagne “Forêts” de Greenpeace, je pars avec des sentiments mélangés. Je me demande par exemple si je ne ferai pas mieux de mettre toute mon énergie à soutenir le boulot que nous faisons sur le terrain. C'est tellement crucial de lutter contre la déforestation en RDC par exemple. Au cœur des forêts congolaises, l'industrie prend ses aises et bafoue allègrement les droits des populations locales. Ou alors en Indonésie où l'industrie du papier transforme la forêt en papier d'emballage. Ou encore au Brésil où la déforestation a repris vigueur ces derniers mois et où une loi nationale fondamentale pour sauvegarder la forêt est aujourd'hui remise en question.

Enjeu planétaire

C'est vrai que sur le terrain, on peut agir concrètement pour mettre un terme à la déforestation mais toutes nos victoires doivent s'ancrer dans des politiques planétaires. Ce serait stupide si l'on marquait des points dans un pays avec des entreprises qui s'engagent à cesser le massacre pour que les tronçonneuses se remettent à l’œuvre dans le pays ou la région d'à côté.

La déforestation qui représente un cinquième des émissions de gaz à effet de serre de la planète est un enjeu qui nous concerne tous. C'est pourquoi, Durban, pas question que ça casse : ça doit passer ! Peu importe ce que le mouvement environnemental en pense, c'est un rendez-vous capital. Nous y serons !

Lisez l'ensemble de nos attentes et revendications par rapport à la conférence.