Mon précédent voyage en Indonésie s’était terminé, fin juillet, par une tempête médiatique sur les feux de forêt à Riau, sur l’île de Sumatra. Un mois plus tard, me voici de nouveau à Djakarta où je découvre que ces mêmes feux de forêt continuent de faire rage, bien qu’ils occupent nettement moins de place dans l’actualité mondiale.

Et le bout du tunnel n’est pas encore en vue. Comme nous le précisions déjà en juillet, l’industrie de l’huile de palme, notamment, joue un grand rôle dans cette affaire. Les autorités indonésiennes ont déjà lancé des enquêtes tandis que Singapour assure vouloir entreprendre une action contre ses propres entreprises impliquées.

Parmi ces entreprises singapouriennes, on retrouve Wilmar International, le plus important négociant en huile de palme au monde. Une compagnie qui a également annoncé sa volonté d’exclure les fournisseurs impliqués dans les incendies de forêt, sans avoir toutefois fourni de preuve concrète à ce jour.

De son côté, la RSPO a déclaré vouloir entreprendre une action contre certains exploitants mais, comme vous pourrez le lire dans notre nouveau rapport, les résultats n’ont guère été probants. La RSPO, une table ronde qui promeut et certifie « l’huile de palme durable », expose donc une fois de plus ses limites : 39% des feux à Riau, durant le premier semestre de cette année, ont en effet eu lieu dans les concessions certifiées par la RSPO.

 

Que la RSPO ne soit pas suffisamment armée pour réussir à couper le lien entre l’huile de palme et la déforestation n’est plus un secret depuis longtemps. Notre analyse le montre clairement : la déforestation se poursuit joyeusement chez les membres de la RSPO, ce qui ne les empêche pas d’afficher un label de durabilité. C’est le cas en Indonésie mais aussi en Afrique où un scénario identique commence à se dessiner. Là-bas, Herakles Farms prétend respecter les règles de la RSPO tandis que la forêt vierge camerounaise en fait les frais.

Il est dès lors particulièrement préoccupant de voir qu’un nombre croissant d’entreprises de grande consommation - les clients de Wilmar et d’autres commerçants, ainsi que les marques que vous et moi achetons au supermarché – ont recours à la RSPO pour que leurs chaînes d’approvisionnement n’aient aucun lien avec la déforestation et pour assurer la durabilité de leur huile de palme. Environ 250 entreprises auxquelles Greenpeace a adressé un courrier dans le monde entier ont confirmé qu’elles se basaient sur les principes de la RSPO. Des entreprises qui sont également présentes sur le marché belge et qui y ont même, pour certaines, installé leur quartier général.

Espérons qu’elles réfléchiront toutes deux fois plutôt qu’une lorsqu’elles auront pris conscience que la production d’huile de palme est le principal moteur de la déforestation en Indonésie. Car en ce moment, faire confiance à la RSPO équivaut à donner un mandat pour une déforestation accrue, aux dépens du climat, des personnes et des espèces animales menacées telles que le tigre de Sumatra.

Il est donc grand temps, pour les entreprises, d’aller plus loin que ne le fait la RSPO. Certaines ont déjà affiché leur volonté de s'y atteler dès maintenant et s’efforcent de garantir l’absence de tout lien avec la déforestation dans leur chaîne d’approvisionnement d’huile de palme.

De tels engagements constituent bien évidemment un signal positif. Cette avancée doit toutefois s’inscrire dans le temps et s’étendre à d’autres compagnies. Car malheureusement, cette fois-ci encore, mon voyage en Indonésie se terminera par le même triste constat.
Plus que jamais, nous avons donc besoin de votre aide pour convaincre encore davantage d’entreprises d’opter pour une huile de palme n’entraînant pas la destruction des forêts. Continuez à nous suivre pour savoir de quelle manière nous allons relever, tous ensemble, ce défi.