La mort récente d'un tigre de Sumatra dans une concession du groupe APP (Asia Pulp & Paper) en Indonésie illustre la pression qui pèse sur cette espèce en voie d'extinction mais aussi les limites du plus grand système de certification au monde : PEFC. Pourquoi ce label soutient-il un groupe industriel dont les activités sont aussi destructrices pour les forêts, leur faune et leur flore ?

La mort d'un des derniers tigres de Sumatra illustre à quel point leur habitat est mis sous pression pour satisfaire notre consommation de papier. Elle nous amène à remettre en question un système de certification reconnu partout dans le monde. Comment une certification peut-elle être accordée à des produits papetiers fabriqués avec un tel coût pour l'environnement ? La certification de certains produits papetiers d'APP par PEFC n'est rien moins que du « greenwashing », une manière confortable pour le poids lourds de l'industrie papetière de se racheter une conduite.

Il n'existe aucune forêt certifiée PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) en Indonésie. Comme beaucoup de systèmes de certification, PEFC autorise la production au départ de sources mixtes (càd un mélange de fibres certifiées et non certifées). La part non certififée doit dans ce cas provenir de sources reconnues comme n'étant pas controversées et contrôllées. Ces contrôles portent sur des éléments identifés comme essentiels dans le cadre du programe de certification, dans ce cas celui de l'PEFC.

Une plantation n'égale pas une forêt riche en biodiversité

La faiblesse de ces critères permet à APP d'imposer de fibres provenant de la conversion de magnifiques forêts en plantations, reconnues comme étant non controversées par PEFC. Quelle idiotie ! C'est pourtant exactement ce qui s'est passé. . Un certain nombre de concessions d'APP ont été contrôlées par PEFC et reconnues comme non problématiques. Cette vérification se fait actuellement par SGS, un organisme spécialisé dans les audits de certification.

C'est ainsi qu'APP importe du bois certifié PEFC provenant de zones hors de l'Indonésie et les mélange avec du bois indonésien jugé «non controversé». La zone où l'on a récemment déploré la mort accidentelle d'un des derniers spécimens de tigres de Sumatra est une zone contrôlée PEFC. Des fibres originaires de ce type de concessions peuvent être utilisées dans des produits certifiés « PEFC mixed sources ». Ces fibres sont vendues partout dans le monde par APP comme des fibres durables.

Une garantie pas assez garantie !

PEFC a-t-il lancé une enquête pour faire plus de clarté quant à ses connexions avec APP ? Pas du tout. La seule réponse publique enregistrée suite à la révélation de l'existante de fibres provenant de la destruction de l'habitat d'espèces en péril n'a suscité rien d'autre que la publication d'un communiqué de presse laconique en Italie. Ce document fait montre d'un manque cruel de compréhension quant à la finalité d'un schéma de certification. Ce communiqué insinue également que Greenpeace divulgue des informations fausses écornant la réputation du label PEFC. Ils prétendent qu'il n'y a pas le feu au lac parce que les fibres importées proviennent du Chili mais admettent au passage que des prolèmes existent en Indonésie.

Le rapport démontrant que les zones en question sont contrôlées et non certifiées PEFC a été envoyé au bureau italien du certificateur.Reste à espèrer que cela incitera l'organisme certificateur à revoir sa copie et à faire preuve de plus de sévérité dans la manière dont il traite ce concept de fibres "non controversées".

APP est à la base de la destruction forestière dans des forêts qui coincident avec l'habitat naturel du tigre de Sumatra. Ces forêts sont sacrifiées avant d'être remplacées par des plantations uniformes d'acacias. Le terrain de chasse du tigre est rayé de la carte pour en faire du papier à jeter. Si cela n'est pas controversiel qu'est-ce qu'il est ? PEFC ne doit plus servir d'alibi aux activités destructrices de ce géant du papier qui a décidemment les dents bien longues.

Andy Tait, conseiller de la campagne 'Forêts' Greenpeace Royaume-Uni