Début décembre, le président sortant du Brésil, Lula Da Silva, annonçait une baisse record de la déforestation en Amazonie brésilienne. A titre de comparaison: en 2004, l'une des pires années, 27.423 km², soit pratiquement la superficie de la Belgique, y ont été rasés. En 2009-2010, ce chiffre a été ramené à 6451 km², soit une réduction de 77%! Le moins que l'on puisse dire, c'est que le monde entier était en admiration!

Mais tandis que le Brésil fanfaronnait avec ces chiffres prometteurs, il concoctait le plus vaste plan «déforestation» de ces dernières décennies. Dans un pays où la déforestation est enfin officiellement condamnée, le puissant lobby agricole, les Ruralistas, continuent à chercher des solutions pour répondre à leur soif d'expansion. Une des solutions trouvées n'est autre que l'adaptation de la législation forestière.

Cette législation, l'une des plus progressistes au monde, date, dans sa forme actuelle, de 1965 et porte sur 360 millions d'hectares de forêts et de savanes. Elle est l'une des pierres angulaires de la stratégie déployée par le Brésil pour freiner ses émissions de gaz à effet de serre et joue de ce fait un rôle crucial dans les négociations climatiques internationales. Cette législation inspire par ailleurs d'autres pays à renforcer à leur tour leur régulation en matière de forêts.

Vers une «loi pour la déforestation» ?

En juin 2010, une Commission spéciale a présenté à la Chambre des Représentants une «version renouvelée» de la législation forestière. On y trouve des propositions que l'on peut qualifier de «destructrices». Et parmi ces propositions, la pire est sans doute l'adaptation de la «Legal Reserve». Cette disposition importante est à la base de la législation et impose aux propriétaires terriens le maintien d'un certain pourcentage de forêts autour de leurs terres, autour des sources et des berges des rivières. Ce pourcentage risque de passer de 80 à 50%. Une autre proposition problématique est une 'amnistie généralisée' pour les zones de coupes illégales remontant à juillet 2008.

Selon une étude de l'Observatório do Clima, cette nouvelle législation pourrait dans le pire des cas provoquer l'émission de 25 milliards de tonnes de CO2  supplémentaires. Ce qui représente cinq fois les émissions annuelles de l'Europe et des Etats-Unis combinées! Tout ceci pour ne rien dire des messages approbateurs que l'on envoie à ceux qui perpétuent la déforestation ou dégradent les forêts. «Allez-y, les gars! On ferme les yeux, et oui, bien sûr, vos vaches peuvent paître en paix, Tout est à présent légal.»

Bien évidemment, toutes ces mesures sont devenues la priorité des priorités pour Greenpeace. Les Ruralistas avaient l'intention de faire passer les adaptations par surprise au Parlement, ce 14 décembre dernier. Le bureau brésilien de Greenpeace était sur le pont avec des 'vaches dansant la samba' devant le parlement. Et cette action a payé! Le vote a été reporté à une date ultérieure. Ce qui nous donne l'occasion de tout mettre en œuvre pour éviter que cette «loi sur la déforestation» ne devienne réalité.

Il est essentiel que le nouveau président brésilien Dilma Roussef – qui entrera en fonction en janvier –  rejette les propositions d'amendements de la législation forestière existante. Nous ferons en tout cas l'impossible pour que les choses se déroulent en ce sens.