Il est de notoriété publique qu’un chat, lorsqu’il se sent acculé, peut faire des bonds surprenants. En Australie, le personnel de la compagnie Asia Pulp & Paper (APP) a préféré recourir à des tirades injurieuses à l’encontre de Greenpeace. Reste à voir combien de temps encore ce champion indonésien de la déforestation parviendra à faire bonne figure, maintenant que ses actions mettent également le label PEFC dans l’embarras en Nouvelle-Zélande.

Notre campagne à l’encontre d’APP ne fait que commencer. Alors que nous concentrions tous nos efforts sur les fabricants de jouets tels que Mattel et Hasbro, nos collègues présents sur le continent australien ont démantelé une des connections commerciales locales d’APP. Jusqu’à tout récemment, la chaîne de supermarchés IGA était en effet le principal client australien de l’entreprise, auprès de laquelle elle commandait entre autres la matière première nécessaire à la fabrication de papier de toilette de sa propre marque.

Notre vidéo d’un tigre pris au piège dans une plantation d’un des fournisseurs d’APP, combinée aux nombreux e-mails de consommateurs inquiets, n’ont pas laissé IGA indifférente. Cinq jours plus tard, l’entreprise annonçait qu’elle ne s’approvisionnerait dorénavant plus auprès de Solaris, la filiale australienne d’APP, et qu’elle allait se mettre en quête d’un nouveau fournisseur.

Solaris ne s’est bien entendu pas réjouie de la perte d’un client d’une telle envergure. En guise de réponse, l’entreprise s’est lancée dans une campagne publicitaire coûteuse à travers les journaux australiens en vue de « rectifier » les informations publiées par Greenpeace. S’ensuivirent les habituelles excuses, déclarations trompeuses et même un petit mensonge ici et là à propos des activités d’APP en Indonésie...

Echange de noms d'oiseaux

Par la suite, on bascula dans le totalement étrange. Le site australien Mumbrella, spécialisé dans les domaines du marketing et des médias, a trouvé suspicieux de voir surgir tant de commentaires agressifs à l’encontre de Greenpeace après la publication de l’histoire de Solaris. De notre côté, ce ne sont bien sûr pas quelques critiques qui vont nous effrayer. Mais ce qui frappa particulièrement la rédaction du site d’informations était que les messages devenaient de plus en plus personnels. Le tout s'est même terminé par des insultes.

Mumbrella s’est alors penché plus en détails sur les adresses IP d’où provenaient ces e-mails haineux, pour constater qu’un certain nombre d’entre eux avaient été envoyés depuis des ordinateurs qui étaient reliés au réseau de… Solaris.

Voilà encore un fait de plus qui démontre l’attitude "constructive" d’APP. Solaris a certes par la suite publié un communiqué dans lequel elle condamnait les déclarations de son personnel, mais le champion de la déforestation continue malgré tout de se plaindre des « allégations infondées et injustes » de Greenpeace.

Un incident qui témoigne par excellence de l’approche adoptée tous azimuths par APP. Dès que la compagnie se retrouve confrontée à des critiques, elle décide encore et toujours de dissimuler ses activités derrière un nuage de fumée, dans l’espoir que ses clients continueront à croire que tout va pour le mieux.

Des résultats de l'autre côté du monde

Moins d’une semaine plus tard, APP a démontré qu’elle était plus que convaincue de l’efficacité de cette tactique. En Nouvelle-Zélande, Greenpeace, le WWF et le parti des écologistes ont ensemble commandé des tests portant sur les fibres utilisées dans la fabrication du papier de toilette Cottonsoft, la marque locale d’APP. Et en effet, à l’instar des emballages de Mattel et consorts, les tests ont révélé la présence de matériaux provenant en ligne droite de zones ayant souffert de la déforestation en Indonésie. Une révélation qui a suffi à faire bouger un des clients d'APP. La chaîne de supermarchés The Warehouse a pris la décision de rompre immédiatement toute relation avec APP.

APP, pour sa part, a cependant nié tout en bloc et a mis en doute la valeur scientifique des tests. Aux yeux du géant du papier indonésien, le laboratoire de recherches le plus réputé au monde n’est pas digne de foi. Mais plus grave encore fut la déclaration selon laquelle toute fibre utilisée dans la fabrication des produits Cottonsoft dispose du label PEFC.

PEFC se pose comme la plus grande organisation de certification pour l’utilisation du bois et ses produits dérivés tels que le papier. Les auditeurs de l’organisme se sont alors empressés de souligner que les forêts tropicales d’Indonésie ne pouvaient en aucun cas être approuvées pour la fabrication de produits portant le label PEFC. Cela ne peut dès lors vouloir dire que deux choses : soit APP trompe ses clients en Nouvelle-Zélande, soit l’entreprise a entraîné PEFC dans un gigantesque scandale s’il venait à s’avérer qu’APP a bel et bien utilisé du bois issu de forêts tropicales pour la fabrication de papier de toilette certifié, le tout à l’encontre des règlementations de PEFC.

Wanted : engagements véritables

Un nuage de fumée peut rapidement se dissiper; les premières grandes percées y sont déjà apparues. De plus en plus d’entreprises telles qu’IGA et The Warehouse jugent APP sur ses actes et non sur ses paroles, et prennent ainsi la décision de rechercher un autre fournisseur plus responsable. Espérons qu’elles soient encore nombreuses à leur emboîter le pas, jusqu’à ce qu’APP prenne enfin conscience de la nécessité de véritables engagements pour garantir la protection des forêts tropicales d’Indonésie et de leurs habitants.