Si pour vous Copenhague rime définitivement avec Flopenhague, on ne peut pas vous en vouloir. Les négociations internationales sur le climat furent effectivement un flop en ce qui concerne les réductions des gaz à effet de serre (GES) attendues. Mais, souvenez-vous, les négociations de décembre 2009 se sont pourtant terminées par une petite note positive pour le climat et la biodiversité.

Les pays riches ont accepté de libérer 3,5 milliards de dollars US pour la protection des forêts tropicales. Jusqu'à 20% des émissions planétaires de GES proviennent en effet de la déforestation ou de la dégradation des forêts. Mettre un terme à cette destruction permet dès lors de gagner rapidement des points sur le front des émissions planétaires de CO2. Le chic, c'est que l'on peut même faire d'une pierre trois coups en protégeant également la biodiversité (les forêts tropicales sont de grands réservoirs de biodiversité) et les nombreuses populations qui y vivent.

La communauté internationale réunit les fonds

La majorité des forêts restantes se trouvent dans des pays en voie de développement. Il est donc crucial que des pays industrialisés contribuent au financement de leur sauvegarde. Pourquoi ? Parce que c'est à eux qu'incombe la responsabilité historique du réchauffement planétaire et parce qu'ils sont les plus grands consommateurs des produits de la destruction forestière.

Mais revenons-en aux négociations internationales sur le climat. Un an après Copenhague, à Cancun cette fois, un accord formel a été obtenu pour réunir de l'argent pour les forêts, prévoyant de protéger également la biodiversité et les populations vivant dans les forêts. Eh oui, une petite lueur d'espoir venait de s'allumer...

Les pays forestiers présentent leur plan

Afin de prétendre à l'argent réuni dans cette manne internationale, les pays forestiers doivent soumettre un plan détaillant comment l'argent pourra être affecté à la protection des forêts et à la réduction des GES. En matière de création de fonds, solliciter des experts n'a de sens que si lesdits experts bénéficient d'une excellente réputation auprès des bailleurs de fonds. Et c'est exactement ce que les pays forestiers ont fait et c'est là que cela se gâte...

McKinsey fait son entrée

Plusieurs pays abritant des forêts tropicales ont fait appel au bureau de conseils McKinsey. Cela fait plusieurs années déjà que McKinsey s'était positionné auprès des gouvernements des bailleurs de fonds comme étant spécialiste de la question des forêts. Avec des bureaux sur tous les continents, une vision reconnue de l'économie du carbone et beaucoup de groupes industriels répertoriés dans le prestigieux Fortune's Magazine comme clients, McKinsey ne pouvait que séduire les pays forestiers en mal de crédibilité auprès de leurs bailleurs de fonds.

Nos spécialistes des forêts tropicales comme ceux des bailleurs de fonds ont planché pendant plusieurs mois sur ces plans nationaux. Ils ont ainsi passé au peigne fin les plans présentés par l'Indonésie, la Papouasie Nouvelle Guinée, le Guyana et la République démocratique du Congo (RDC). Tous ces plans sont entachés d'erreurs, d'approximations et on y trouve des éléments non fondés. Dans le même ordre d'idée, ces plans n'intègrent pas les clauses de sauvegarde prévues par les Etats lors des négociations sur le climat de Cancun. Ils se basent tous sur les conseils prodigués par McKinsey.

Pire encore, les conseils de McKinsey n'abordent pas les véritables moteurs de la déforestation. Impossible d'en tirer de quoi mettre un terme à la déforestation et à la dégradation des forêts. En tout cas, pas dans les cas passés au crible. Ces plans pour la protection des forêts pourraient tout au contraire financer l'accélération de la déforestation et l'emballement des émissions de GES.

Faites entendre votre voix

Il y a malgré tout une bonne nouvelle dans toute cette histoire : rien n'est encore définitif puisque l'essentiel de l'argent débloqué pour mettre ces plans en œuvre n'a pas encore été attribué. McKinsey peut encore proposer des amendements, sauver sa réputation et aider les pays forestiers à entrer dans l’ère de la protection des forêts tropicales et des réductions de CO2.

Demandez à McKinsey de ne plus s'occuper des forêts tant que ses consultants n'auront pas revu leurs propositions. Il est essentiel que leurs recommandations entraînent une réelle diminution de la déforestation et des émissions de gaz à effet de serre (action sur le site de Greenpeace Grande-Bretagne).

Il est possible d'en apprendre davantage en lisant notre rapport :
Mauvaise influence - Comment les conseils du cabinet McKinsey conduisent à la destruction des forêts tropicales ou son résumé.

Consultez notre infographie pour comprendre l'approche de McKinsey et ses limites.  

Autres liens: "Des Orangs-goutangs affamés cherchant de la nourriture dans les villages, sont battus et mis en cage" (article du Daily Mail en Anglais)