La première semaine de négociations est derrière nous mais la situation est plutôt sombre pour ce qui est de la lutte contre la déforestation. « J'ai l'impression de regarder passer les trains en route pour la destruction », écrit An Lambrechts depuis Durban, où elle suit pour Greenpeace le Sommet climatique.

Les négociations les plus techniques se sont terminées la semaine dernière, bien que les ministres doivent encore entériner ce qui a été convenu. Après des sessions longues et difficiles, un texte a notamment été rédigé sur le mécanisme REDD, c'est-à-dire concernant la lutte contre la déforestation.

Un tel résultat devrait nous réjouir mais franchement, vu le contenu, il n'y a pas de quoi pavoiser. On se demande bien comment tout ceci pourra déboucher sur une amélioration sur le terrain, avec à la clé une diminution de la déforestation et des émissions de gaz à effet de serre qui en découle.

Forêts : mieux que des puits de carbone

A Cancun, tous s'étaient engagés à plancher sur la piste de la déforestation. Cela devrait comprendre la biodiversité et les droits des peuples autochtones et des communautés locales qui doivent être protégées au même titre que la forêt. La Bolivie a défendu ce point de vue à plusieurs reprises, ici à Durban. Il s'agit d'écosystèmes vivants et donc bien plus que de simples 'puits de carbone'.

Le texte qui a été présenté samedi permet à chaque pays de décider de mettre, ou non, en place les principes qu'il définit. Alors qu'au départ, ce texte était limpide, il est à présent criblé de références à des 'circonstances nationales' qui feront que, in fine, il perdra de son efficacité. Il risque même de rendre l'évaluation de tout progrès réalisé dans les pays en voie de développement particulièrement difficile. 

Des réductions sur le papier

A côté de cela, il faut envisager de mesurer les prestations de ces pays en ce qui concerne les réductions d'émissions provenant de la déforestation. On aurait pu espérer marquer des points sur ce plan. Mais au lieu de tenir compte de la réalité du terrain, les négociateurs ont choisi l'option 'spéculation' pour évaluer ce qui à l'avenir pourrait se passer dans les pays en développement.

En d'autres termes, la porte est ouverte pour toutes sortes de scénarios artificiels qui ne feront que conduire à des réductions de CO2 sur papier alors que sur le terrain, les coupes forestières se poursuivront.

Difficile dans ces circonstances de parler d'avancées. C'est plutôt le terme "recul" qui vient à l'esprit. Au lieu de poursuivre sur la voie de ce qui avait été construit à Cancun, Durban n'aurait rien apporté d'autre que des risques inacceptables pour l'environnement. Le pire, c'est qu'il faudra peut-être parler d'un recul social pour les communautés qui vivent dans les forêts ou qui en dépendent. La prise en compte de leurs droits risque de se limiter à la mention vague 'si d'application'.



Cette semaine, on attend toujours une décision quant au financement de REDD. Les reculs enregistrés laissent présager que ce volet financier ne fera qu'aggraver les choses, principalement dans le contexte des marchés du carbone.

Un combat à venir

Quoiqu'il en soit, nous savons déjà ce qui nous attend l'an prochain : démontrer que la biodiversité, les droits des peuples vivant de et dans la forêt et des réductions d'émissions équitables sont bel et bien d'application.

En tous cas, j'ai de plus en plus de mal à me débarrasser du sentiment que je ne suis ici que pour regarder passer les trains en route pour la destruction. Mais bon, c'est un sentiment typique à ce stade des négociations. Cette impression que rien ne se passe comme il faut fait partie du jeu et ce ne sera pas la première que l'on croit que tout est fichu et que finalement tout rentre dans l'ordre...