Un beau matin à Manaus, au cœur de la forêt brésilienne. Les pirogues et autres bateaux sont amarrés le long de la rive. Et là, des milliers de poissons pourrissent dans l'eau alors que le soleil se lève. Le niveau du Rio Negro n'a jamais été aussi bas depuis le début des prises de mesure voici 108 ans.

L'Amazone, le plus grand fleuve au monde, a atteint un niveau historiquement bas. De graves sécheresses ont également fait baisser le niveau de certains affluents comme le Rio Negro. En de nombreux endroits, l'état d'urgence a été décrété. Le niveau de l'eau est encore plus bas que lors de la précédente sécheresse historique de 2005. Il faudra attendre le début de la saison des pluies fin novembre pour que les choses s'améliorent.

Les graves sécheresses en Amazonie ont des répercussions au niveau mondial. Alors que durant les années «normales», les forêts amazoniennes absorbent grosso modo 2 milliards de tonnes de CO2, elles ont libéré pas moins de 3 milliards de tonnes durant l'année «anormale» de 2005. Ce qui fait une  augmentation nette de 5 milliards de tonnes par an, soit l'équivalent des émissions du Japon et  de l'Europe! La situation s'annonce morose également pour 2010.

On sait d'ailleurs depuis 2005 à quel point une forêt tropicale peut soudainement être fragilisée. Alors que par le passé on partait du principe que les forêts formaient une sorte de barrière infranchissable contre les sécheresses, on se rend de plus en plus compte qu'un assèchement intense entraîne une variation saisonnière plus importante de la densité végétale de la canopée. Ceci rend les forêts beaucoup plus sensibles aux sécheresses et aux feux de forêt, ce qui entraîne une hausse des émissions de CO2, aggravant encore plus les changements climatiques.

Il est clair aujourd'hui que, contrairement à ce que certains prétendaient à l'époque, la sécheresse de 2005 n'était pas un événement unique mais que les changements climatiques se font de plus en plus ressentir à l'échelle globale. 2010 a été une nouvelle année durant laquelle inondations catastrophiques, glissements de terrains et feux de forêts ont défrayé la chronique. Bien sûr, chaque événement pris séparément ne peut être imputé aux changements climatiques mais, il va de soi que la somme des catastrophes naturelles qui se sont produites en si peu de temps est en ligne avec les prévisions des scientifiques du GIEC.

Fin novembre débutera à Cancun, au Mexique, le prochain sommet international sur le climat qui fait suite à celui de Copenhague. Greenpeace suit les négociations de près. Parce que plus que jamais, notre terre a besoin d'un accord climatique fort et contraignant.