Cela fait un an qu’une importante explosion a eu lieu sur la plateforme de forage Deepwater Horizon, située dans le Golfe du Mexique et exploitée par la compagnie pétrolière britannique BP. Malgré cette catastrophe pétrolière, la pire qu’aient connue les États-Unis, BP s’apprête à reprendre les forages dans le Golfe. « Une catastrophe pétrolière ? Mais quelle catastrophe ? »

« Je pense que l’impact de ce désastre va probablement rester très réduit. ». Tels furent les mots de Tony Hayward, alors directeur-général de BP, à la suite de l’accident survenu sur la plateforme. Personne ne s’étonnera du fait que son entreprise s'efforce de minimiser les conséquences du sinistre : BP est menacée de devoir débourser des milliards de dollars en dommages et intérêts.

Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons encore pu observer à quel point ces compagnies pétrolières évoluent dans un monde étranger au nôtre. Il se trouve en effet que les grosses pointures de l’entreprise Transocean ont reçu un bonus faramineux pour célébrer le fait que « 2010 a été la meilleure année de l’histoire de l’entreprise en termes de sécurité ». Transocean était responsable de l'exploitation de la plateforme de forage sur laquelle onze travailleurs ont perdu la vie des suites d’une explosion qui a entraîné le déversement de 760 millions de litres de pétrole brut dans la mer. Mais ce n’est qu’un détail. Car à ce « petit » incident près, on peut dire que les hommes forts de Transocean ont remarquablement bien travaillé. Bah, qui va se soucier du rapport du gouvernement soulignant que le manque de normes de sécurité et la priorité consacrée à l’enregistrement rapide de bénéfices sont à l’origine de la catastrophe qui a souillé le Golfe du Mexique pendant 6 mois ? Et peu importe également que les membres de la direction de Transocean touchent une prime juteuse pour leurs efforts en matière de sécurité, tandis que les personnes qui ont été affectées financièrement par le désastre attendent toujours une forme de compensation.

Non, en réalité, dans le vrai monde où les gens travaillent pour gagner leur vie et ne se voient pas octroyer des bonus scandaleusement élevés, la plus grande catastrophe pétrolière de l’histoire des États-Unis n’est pas un modèle de sécurité. Que du contraire. Cela donne plutôt matière à réfléchir, à propos de toutes ces autres opérations que les magnats du pétrole déclarent être « sûres ». Il suffit de penser aux forages effectués dans les fonds marins et dans les régions des pôles, ou encore à l’exploitation des sables bitumineux. Et cela nous amène également à fortement douter de leur état mental. Combien de temps encore va-t-on permettre à ces gens de décider de nos choix énergétiques ?

Pour le moment, ils peuvent encore faire comme bon leur semble. Au début du mois d’avril, les médias britanniques faisaient savoir que BP avait signé un accord avec l’administration Obama pour relancer les forages en fonds marins dans le Golfe du Mexique. On s’attend à ce que la compagnie reprenne ses activités en été de cette année, soit à peine un an après la catastrophe pétrolière de Deepwater Horizon. Un incident que BP a manifestement déjà effacé depuis longtemps de sa mémoire.

D'autres ont en revanche la mémoire moins courte et veulent révéler au grand jour les véritables conséquences de l’accident dans le Golfe du Mexique. Ainsi, Greenpeace USA a publié, à la manière de Wikileaks, des milliers de documents internes à propos de la catastrophe sur un nouveau site internet. Notre objectif est d’aider les communautés locales à percer les véritables causes de la marée noire et à réclamer des dommages et intérêts. Parmi ces documents, on trouve des éléments de communication interne entre le gouvernement américain et la compagnie BP, des preuves de désaccords entre scientifiques et fonctionnaires et même des données de vol des pilotes qui ont survolé la région. D’après ces fuites, il apparaît d’ores et déjà que les fonctionnaires sous-estiment profondément l’impact de la catastrophe sur la vie marine, au grand désespoir des experts.


Le rapport Deepwater Horizon - one year on (en anglais)