A partir d’aujourd’hui, des embouteillages vont voir le jour en direction… du salon de l’auto à Bruxelles. Des centaines de milliers de personnes vont s’y presser pour admirer les nouveautés offertes par le marché de l’automobile. Pour les constructeurs automobiles, le salon de l’auto est aussi l’occasion de dévoiler leurs dernières innovations écologiques. Ils le font d’ailleurs depuis plusieurs années déjà. Et à ce sujet, la voiture électrique est présentée comme la solution qui permettra de réduire l’impact du trafic routier sur l’environnement.

C’est un message qui revient de manière incessante tout au long de l’année, que ce soit lors des débats sur la mobilité ou au sein des cabinets de nos ministres. Avec une « électrification » du trafic routier, nous pourrons pratiquement réduire l’impact des voitures sur le climat et sur la pollution de l’air à néant, peut-on entendre.

Voiture électrique : pas une solution miracle !

Par l’entremise de leur nouvelle campagne www.changezdemobilite.be, nos collègues d’Inter-Environnement Wallonie nous mettent en garde, et à juste titre. Avons-nous réellement besoin de la voiture électrique pour lutter contre le changement climatique ? Oui, certainement. Mais celle-ci sera-t-elle en mesure de résoudre tous les problèmes d’un coup et à temps ? Malheureusement, non.

Pour faire de la voiture électrique une véritable alternative durable, il est évidemment crucial de savoir quel mix énergétique constituera son moteur. Or, à ce niveau-là, il reste encore pas mal de travail à effectuer chez nous. Si on considère la combinaison énergétique actuelle (impliquant une forte quantité de charbon et de nucléaire), alors nous pouvons affirmer que le bilan du véhicule électrique n’est pas beaucoup plus écologique que celui de la voiture classique.

De plus, la construction d’une voiture électrique, et plus particulièrement de sa batterie, a également un impact significatif sur l’environnement. Des matières premières telles que le lithium (pour des batteries au lithium) pèsent sur l’environnement dans le secteur minier et se feront très rares à l’avenir. Le recyclage de ces matières est donc essentiel mais à l’heure actuelle, nous ne sommes nulle part dans ce domaine d’action.

Et si on se penche sur les prévisions qui montrent que la voiture électrique intégrera très lentement le marché automobile, il est encore plus clair que ce type de véhicule ne constituera pas la solution miracle pour faire face au changement climatique. Le changement climatique pose réellement un problème aigu et pour y faire face, nous devons réduire drastiquement nos émissions, aussi celles émanant du transport, ces 5 à 10 prochaines années. Sans quoi, ce sont les générations futures qui subiront les foudres d’un changement climatique incontrôlé.

La voiture électrique ne peut donc pas s’assimiler au rêve absolu ou à un alibi qui nous distraira des défis qui nous attendent pour réduire l’impact du trafic routier sur le climat. Pour pouvoir alimenter nos véhicules, les matières premières (et les énergies renouvelables également) devront impérativement être utilisées à bon escient. Cela signifie que le dogme actuel de la croissance, dans notre économie mais aussi dans notre manière d’aborder la mobilité, ne rime plus avec nos objectifs climatiques. « Avaler » de plus en plus de kilomètres est peut-être bon pour l’économie mais sur le plan social et environnemental, l’impact, lui, n’est simplement plus tenable.

Dans notre pays, nous assistons à bien trop peu de changements structurels au moment de nous déplacer (ou de déplacer nos biens). Le nombre de kilomètres parcourus devrait plutôt décliner ou alors, il devrait être associé à un respect plus accru de l’environnement et passer, par exemple, par le rail ou par l’eau. L’implantation des maisons, des entreprises ou encore des centres commerciaux se fait de manière similaire et aussi désastreuse qu’il y a 20 ans. Ce qui rend évidemment l’implantation d’un système de transport public de qualité très délicat. Et les gens sont encore trop souvent poussés dans leur voiture de société par un système fiscal pervers, ce qui les rassemble côte à côte dans les embouteillages sur les routes.

Place à une autre mobilité

Nous aurons besoin des voitures électriques pour réaliser d’énormes réductions d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui est nécessaire sur le long terme. Mais à court terme, nous avons surtout besoin d’une autre mobilité, dans laquelle le véhicule électrique peut se frayer une place de manière durable. Une politique audacieuse et ambitieuse est dès lors indispensable ! Mais une prise de conscience individuelle, chez chacun de nous, est aussi nécessaire. Ce ne sont malheureusement pas les visiteurs du salon de l’auto qui auront de quoi s’inspirer…