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Bref historique de REACH
En
octobre 2003, la Commission européenne, publie, après plusieurs années
de discussions, une proposition de législation, baptisée REACH (pour
EnRegistrement, Evaluation et Autorisation des substances CHimique).
Cette législation vise à imposer aux producteurs ou aux importateurs de
substances chimiques :
REACH avait deux objectifs bien définis:
Suite
à un lobbying extrêmement efficace des grosses entreprises chimiques
européennes, la portée de cette législation a été progressivement
diminuée (notamment concernant la quantité de données toxicologiques à
fournir).
Le processus législatif de REACH suit une procédure de
co-décision et passe donc par des votes au Parlement européen et au
Conseil de l'Union. REACH fut votée, en première lecture, au sein du
Parlement européen en novembre 2005 et au sein du Conseil des ministres
européens en décembre 2005.
Un des grands points de dissension
entre les deux institutions concernait le 'principe de substitution'
soutenu par une majorité des parlementaires européens et refusé par une
majorité d'états membres.
Selon ce principe, les substances
chimiques très dangereuses doivent être systématiquement remplacées par
des alternatives moins nocives quand celles-ci sont disponibles à un
coût raisonnable. Ce principe a toujours été vigoureusement soutenu par
Greenpeace ainsi que par d'autres organisations de protection de la
santé, des consommateurs, des travailleurs mais aussi par de groupes
industriels progressistes.
Avancées de REACH, tel que voté en deuxième lecture
Jusqu'à
présent, quasi aucune information n'est disponible quant à la
dangerosité et à l'utilisation des substances chimiques commercialisées
au sein de l'UE. Certaines substances dangereuses font l'objet de
restrictions mais celles-ci ont été définies au cas par cas et en aval
de scandales sanitaires et/ou environnemtaux.
REACH fournit un
système unique de réglementation basé sur la mise à disposition
systématique d'informations sur la sécurité des 30.000 substances
commercialisées à grands volumes (au delà d'une tonne/an/producteur ou
importateur). Ce système permet de déterminer les substances les plus
dangereuses et de pouvoir in fine envisager leur remplacement
Selon
REACH, il incombe aux entreprises de prouver l'innocuité de leurs
substances et produits et non - comme c'est le cas actuellement - aux
autorités à péniblement identifier les substances dangereuses afin de
les retirer du marché.
Une
autorisation de commercialisation est requise pour les substances
préoccupantes suivantes: CMR (cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la
reproduction), EDC (perturbatrices hormonales), PBT (persistantes,
bioaccumulables et toxiques) ou vPvB (très persistantes et très
bioaccumulables).
Au
lieu d'imposer la substitution à l'ensemble des catégories de
substances mentionnées ci-dessus, REACH ne garantit la substitution que
des substances persistentes, bioaccumulables et toxiques (PBT) ou très
persistantes et très bioaccumulables (vPvB). Le principe de
substitution s'applique aussi aux substances cancérigènes, mutagènes,
toxiques pour la reproduction (CMR) et perturbatrices hormonales (EDC)
pour lequels il n'est pas possible d'établir un seuil limite
d'exposition.
Par ailleurs, un plan de substitution est requis pour
les substances CMR et EDC lorsque le producteur ou l'importateur a
lui-même identifié une alternative plus sûre.
Substances extrêmement préoccupantes | Substitution ? | Commentaires |
PBT, vPvB (persistants, bioaccumulables,) | Obligatoire si alternative plus sûre disponible | Les critères très stricts fixés pour appartenir à ces catégories pourraient néanmoins limiter l'éligibilité de nombreuses substances PBT reconnues. |
EDC sans seuil de sécurité identifiable (perturbateurs hormonaux) | Obligatoire si alternative plus sûre disponible | La décision de soumettre ou non les autres perturbateurs hormonaux à la substitution sera prise dans 6 ans. |
CMR sans seuil de sécurité identifiable (cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction) | Obligatoire si alternative plus sûre disponible | |
CMR et EDC avec un seuil sûr identifié | Volontaire | Les CMR et perturbateurs hormonaux pour lesquels il est possible d'identifier un seuil d'exposition sûr seront autorisées sous réserve de 'maîtrise valable'. La substitution est à la discrétion de l'industriel. |
Le
consommateur a le droit de demander au fournisseur d'un bien de
consommation si l'article qu'il va acheter contient des substances
identifiées comme extrêmement préoccupantes suivant REACH. Le
consommateur est en droit de recevoir l'information nécessaire et
disponible auprès du fournisseur, permettant une utilisation sécurisée
de l'article en question.
Principaux manquements de REACH
Contrairement
aux voeux d'une majorité de parlementaires européens, de nombreuses
substances cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction (CMR)
et perturbatrices hormonales (EDC) pourront continuer à être
commercialisées et ce, même s'il existe une alternative plus sûre à un
coût raisonnable.
Le producteur ou l'importateur doit simplement
prouver que sa substance est 'valablement maîtrisée', un concept basé
sur la notion de seuil d'exposition dont la détermination est
extrêmement douteuse. Pour déterminer ce seuil, de nombreuses analyses
et études comparatives sont nécessaires. Ce qui risque de multiplier
interprétations et contestations et d'engluer le secteur chimique dans
un labyrinthe administratif.
L'autorisation
n'est également pas accordée pour une durée de temps limitée comme le
préconisait une majorité des parlementaires européens. Les entreprises
ne sont pas stimulées à innover et à rechercher de substances
alternatives moins nocives.
Un
plan de substitution établissant la stratégie de substitution que
l'entreprise devra suivre est requis lorsque l'industriel a LUI-MEME
identifié une substances alternative...Il s'agit d'une système
n'encourageant pas l'identification d'une alternative moins nocive.
La première mission de REACH était de faire produire et circuler l'information en matière de sécurité, de santé et d'environnement. Suite à l'intense lobbying de l'industrie chimique, les renoncements suivants sont à enregistrer:
REACH
devra être soumis à différentes révisions, ce qui peut laisser présager
de nouveaux affaiblissements de sa portée suite au lobbying dévastateur
des grosses industries chimiques.
Cinq principales demandes qui avaient été soutenues par les ONGs en vue d'améliorer REACH
Ces demandes sont formulées dans un manifeste signé par une
cinquantaine d’organisations de la société civile belge regroupant des
associations de protection des consommateurs, de l’environnement, de la
santé, du droit des femmes et différents syndicats.
Cliquer ici pour parcourir le contenu du manifeste et la liste de ses signataires.