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Comment la contamination se produit-elle?
Comment ces substances chimiques peuvent-elles se retrouver dans des
régions si éloignées de leur source d'émission? L'hypothèse de la
contamination atmosphérique est clairement la plus probable.
Ces substances chimiques sont en fait des "toxiques itinérants", étant
pour la plupart volatiles ou semi-volatiles. Elles s'évaporent, sont
emportées par le vent sur parfois des milliers de kilomètres. La
migration s'effectue généralement via des courants atmosphériques
provenant des régions chaudes et se dirigeant vers des régions plus
froides. Une fois ces régions atteintes, une condensation se produit et
ces substances chimiques retombent sur terre au gré des précipitations.
La persistance de ces substances entraîne une élimination lente dans
l'air, l'eau et le sol. Au plus la température est froide et
l'ensoleillement faible au plus les processus de dégradation se font
difficilement. Ces substances sont également généralement
bioaccumulables: elles s'accumulent dans les tissus graisseux des
organismes vivants. Ainsi, leur concentration va croissante depuis les
petits organismes jusqu'aux oiseaux et mammifères, les hommes occupant
le bout de la chaîne alimentaire.
Où les trouve-t-on?
Partout ! Ces différentes propriétés de persistance, bioaccumulation et
de (semi)volatilité expliquent pourquoi aucune région de la planète ne
semble épargnée par cette contamination. Ainsi, des alkylphénols ont
été mesurés dans les sédiments de la Mer du Nord, de la baie de Tokyo
ou encore dans les tissus de prédateurs en mer Adriatique. Des
retardateurs de flamme bromés ont été notamment détectés dans les
truites des Grands Lacs américains, le saumon de la Baltique, les
moules de Singapour, la perche de la côte lituanienne ou encore des
organismes aquatiques de l'estuaire de l'Escaut. Des organoétains ont,
quant à eux, été mesurés dans les eaux danoises et suédoises, des
phoques de la mer Caspienne ainsi que dans certains organes des
dauphins et baleines.
Les concentrations trouvées sont-elles inquiétantes?
Oui ! Toute concentration est préoccupante car ces substances se
dégradent lentement et elles ont la propriété de s'accumuler dans les
organismes tout au long de la chaîne alimentaire. Leur concentration
dans l'environnement et dans les organismes vivants (surtout ceux qui
occupent le sommet de la pyramide alimentaire) s'est accrue ainsi de
manière inquiétante et parfois de manière exponentielle ces dernières
années.
Rapports et études scientifiques réalisés par Greenpeace
· Contamination de nos lacs et cours d'eau: analyse des anguilles européennes
L'anguille, de par sa longue durée de vie dans nos eaux et de par
sa capacité à résister à de hautes concentrations en substances
chimiques dangereuses, constitue un excellent bio-indicateur permettant
d'estimer l'état de la contamination chimique de nos eaux. L'étude des
anguilles européennes (Anguilla anguilla) est basée sur des spécimens
provenant de 20 rivières et lacs situés dans 10 pays de l'Union
européenne, dont la Belgique. En Belgique, les anguilles ont été
pêchées dans l'ancien canal Charleroi-Bruxelles, à hauteur de Arquennes.
L'étude révèle une contamination particulièrement étendue de
retardateurs de flamme au brome, un groupe de substances chimiques
utilisées dans les textiles, les plastiques et les appareils
électroniques. La dangerosité de ces substances fait l'objet de
préoccupations de plus en plus importantes. Bon nombre de
substances détectées dans les anguilles sont toujours utilisées en
Europe alors que d'autres ont été interdites dans les années 1970.
Cliquez ici pour consulter le rapport "Swimming in chemicals". Son résumé en français est disponible en cliquant ici.
Une étude réalisée par Greenpeace en septembre 2006 indique la présence généralisée de 4 types de substances chimiques perfluorées dans ces mêmes anguilles. Ces substances peuvent provoquer des perturbations des systèmes hépatique, reproductif et endocrinien ou encore des dysfonctionnements neurologiques ou cardiovasculaires. Elles sont utilisées notamment par des marques comme Téflon (par ex. dans les poêles Téfal), Stainmaster ou Gore-Tex pour leurs propriétés anti-adhésives, imperméabilisantes ou anti-taches.
Cliquez ici pour consulter le rapport « Slipping Away: the presence of perfluorinated chemicals in eels (Anguilla anguilla) »
· Contamination des eaux de pluie
De février à avril 2003, des échantillons d'eau de pluie ont été
collectés dans une cinquantaine d'endroits répartis sur 3 pays: les
Pays-Bas, la Belgique et l'Allemagne. Ces échantillons ont été analysés
dans un laboratoire indépendant et accrédité. Les résultats indiquent
que des substances persistantes, bioaccumulables et potentiellement
toxiques (PBT) ont été retrouvées dans la plupart des échantillons
d'eau de pluie: bisphénol-A, alkylphénols, retardateurs de flamme au
brome ou encore phtalates étaient omniprésents. Les concentrations les
plus importantes ont généralement été mesurées près des usines de
production de ces substances.
Cliquer ici pour consulter le rapport "Onzichtbare chemie. Onderzoek naar giftige stoffen in regenwater"
· Contamination d'un lac alpin
Six groupes de polluants organiques persistants différents (POPs) ont
été analysés sur des poissons vivant au Lac de Schwarzsee ob Sölden
situé à 2799 mètres d'altitude. Ce lac est un des points d'eau les plus
élevés d'Europe où vivent encore des poissons. Des paraffines chlorées,
phtalates et retardateurs de flamme bromés ont été mesurés dans les
poissons (omble chevalier, salvelinus alpinus) qui y ont été pêchés.
Des substances organochlorées telles que les biphényls polychlorés
(PCB), le toxaphène, et les dioxines et furanes ont également été
identifiés.
Cliquer ici pour consulter le rapport "Les POPs - une menace pour la vie alpine"
· Substances chimiques dans la mer Baltique
Ce rapport passe en revue une série de publications scientifiques qui
ont démontré la présence de substances persistantes (POPs: Polluant
Organique Persistant) dans les sédiments et le biotope de la mer
Baltique. Leur impact sur l'écosystème de la région et la santé des
êtres humains qui y vivent est aussi discuté.
Cliquer ici pour consulter le rapport "POPs in the Baltic"
· Polluants persistants en Europe et dans les régions polaires
Ce rapport passe en revue une série de découvertes scientifiques qui
indiquent la présence de substances persistantes (POPs: Polluant
Organique Persistant) dans les organismes (y compris les humains)
d'Europe et des régions polaires. Une attention particulière est portée
aux organismes marins, spécialement réceptifs aux effets toxiques de
ces substances.
Cliquer ici pour consulter le rapport "The Tip of the Iceberg"
· Polluants persistants en Amérique latine
Ce rapport passe en revue une série d'articles scientifiques qui ont
révélé la présence de substances persistantes (POPs: Polluant Organique
Persistant) dans l'environnement, les animaux et les tissus humains
d'Amérique latine. Il apparaît que l'état des connaissances est
comparativement faible par rapport à celui des régions de l'hémisphère
Nord. L'état de la contamination de quelques régions d'Amérique latine
est néanmoins présenté.
Cliquer ici pour consulter le rapport "POPs in Latine America"